NOUVELLES
20/08/2016 16:53 EDT | Actualisé 21/08/2017 01:12 EDT

JO-2016/Athlétisme: Semenya, la victoire du genre humain

La victoire de la Sud-Africaine Caster Semenya, championne olympique du 800 m à Rio, est avant tout celle du genre humain, pour une athlète qui a été profondément meurtrie par les interrogations sur son genre sexuel depuis son éclosion au plus haut niveau en 2009.

Epaules carrées, stature masculine: une image, finalement, ne dit jamais tout de la nature et de la fragilité d'un être. Caster Semenya le vit à ses dépens depuis son plus jeune âge.

"C'est ma petite fille. Je l'ai élevée et je n'ai jamais douté de sa féminité. C'est une femme et je peux le répéter un million de fois". Ces mots forts, prononcés par son père en 2009, témoignent de la violence des interrogations qui naissent cette année-là des performances de Semenya, championne du monde du 800 m à Berlin, alors que la prodige n'a que 18 ans.

Le cas Semenya replace alors l'hyperandroginie au centre des attentions du monde athlétique. La masculinité de certaines athlètes avait déjà questionné, notamment avec des rumeurs de dopage génétique ou de prise de testostérone.

Si les interrogations restent légitimes, la méthode elle, choquera.

Semenya va être interdite de compétition pendant 11 mois, pour y subir un batterie de tests destinés à déterminer son genre sexuel. Un traumatisme pour une jeune femme. Des rumeurs feront même d'elle un être hermaphrodite, avant que la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), sans dévoiler les résultats, ne l'autorise à nouveau à courir avec les femmes.

Semenya est intersexuée, comme à priori 0,1 à 0,4% de la population mondiale et cela pose une question: alors que le sport est sexué, basé sur des compétitions hommes et des compétitions femmes -très peu de disciplines sont mixtes- où placer le curseur ?

- 'Je suis une athlète' -

Son cas va aboutir à l'adoption d'une réglementation qui fait de l'IAAF, en 2011, la première fédération internationale à autoriser les femmes atteintes d'hyperandrogénie à participer aux compétitions. A condition d'afficher des niveaux d'androgène inférieurs aux valeurs enregistrées chez les hommes, ou de prouver qu'elles n'en retirent aucun bénéfice.

En clair, pour continuer à courir, Semenya doit suivre un traitement médicamenteux alors qu'elle est une femme en pleine santé.

La donne a changé l'an dernier, avec la décision du Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne, qui a cassé ce règlement, pour deux ans, dans le cas d'une jeune sprinteuse indienne également intersexuée.

Semenya n'a donc plus l'obligation de se médicamenter, et ses résultats sportifs redeviennent impressionnants.

Sept ans après Berlin, le traumatisme reste bien présent chez Semenya, même si elle préfère éviter le sujet.

"Cette histoire ne fait pas partie de moi, vous savez", commentait-elle ainsi en juin à l'occasion des Championnats d'Afrique qu'elle venait de survoler sur 400, 800 et 1500 m, comme pour mieux se protéger.

Intersexuée, Noire née dans une Afrique du Sud tout juste délivrée de l'Apartheid, lesbienne mariée depuis décembre dernier à sa compagne de longue date Violet Raseboya, la jeune femme, aujourd'hui âgée de 25 ans, a appris à se forger une carapace pour continuer à avancer.

"Je n'ai pas le temps de parler de ça. Je suis une athlète et je me concentre surtout sur les problèmes qui me concernent: s'entraîner, être performante, manger, dormir", expliquait-elle encore.

"Nous parlons d'êtres humains", rappelle souvent Sebastian Coe, président de l'IAAF, au sujet des athlètes concernées par l'intersexualité.

De fait, quelle que soit la nouvelle réglementation présentée à l'avenir, Semenya aura célébré à Rio la variété du genre humain.

fbr/dla/sk