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20/08/2016 12:27 EDT | Actualisé 21/08/2017 01:12 EDT

JO-2016/Athlétisme - Diniz: "mon disque dur n'était pas formaté pour abandonner"

"Je ne pouvais pas abandonner. Mon disque dur n'était pas formaté pour ça", raconte le Français Yohann Diniz samedi, au lendemain d'un épique 50 km marche olympique, à Rio, au cours duquel il a été victime de troubles digestifs sévères et de malaises qui l'ont conduit à l'hôpital.

Au lendemain de ce qui tenait plus du chemin de croix que de la course, le triple champion d'Europe et recordman du monde semble étonnamment frais et dispos pour qui l'a vu tituber puis s'effondrer la veille.

"Je suis moins fatigué que d'habitude", s'étonne-t-il d'ailleurs lui aussi. "Je n'ai pas mal à la tête ou aux jambes. Juste un peu aux reins (il a un hématome suite à sa chute, ndlr) et aux avants-bras. Je suis aussi encore un peu déshydraté et je dois boire beaucoup."

Le moral semble également au beau fixe, même si sa 8e place, à 5 minutes 45 sec du vainqueur slovaque Matej Toth, est loin du podium que Diniz pouvait légitimement espérer. Surtout après avoir mené la course en solitaire dans les 30 premiers kilomètres.

Le "sentiment du devoir accompli" l'emporte. Le Français s'est "battu" et il est "au moins classé", après avoir abandonné à Pékin en 2008 et avoir été disqualifié à Londres en 2012. "Ca, on ne me l'enlèvera pas."

Le résultat restera, les souvenirs de la course, eux, se sont envolés en même temps que les espoirs de médaille, entre les 30e et 40e kilomètres. "Sans langue de bois, je ne savais pas où j'étais. Il fallait juste que je passe la ligne", confie-t-il.

- 'Voile noir' -

Les ennuis commencent en fait dès le 10e km. "De gros soucis au niveau gastrique." Viennent ensuite les saignements, "aux 12e, 15e, 20e, 25e kilomètres".

Arrêté au kilomètre 32, "pour (se) refaire la cerise", il repart aux côtés de son premier poursuivant, le Canadien Evan Dunfee. "Mais après, j'étais en manque de jus pour reprendre." La faute à la déshydratation.

La suite est floue, un "voile noir" jusqu'au kilomètre 48. "Je crois que je suis tombé, poursuit Diniz, des gens voulaient que j'arrête." Il se relève avec l'aide de volontaires, demande son chemin, repart. "Est-ce que j'avais conscience d'où j'étais, à quelle position, de quel était le sens de la route? Non."

Il retrouve un peu de lucidité à deux kilomètres de la délivrance et se met en tête de dépasser le concurrent qui le précède. "Je ne sais même pas pourquoi il fallait que j'aille chercher le Norvégien", sourit Diniz.

Il n'y parvient finalement pas, passe la ligne 8e puis perd à nouveau conscience, avec cette fois une crise d'asthme en prime. "Un peu rock'n roll".

- 'Transe' -

"C'est la première fois que j'étais aussi mal", convient l'athlète. Pourtant, il n'a pas un seul instant envisagé jeter l'éponge: "Je ne pouvais pas abandonner. Mon disque dur n'était pas formaté pour ça."

"Tu vas chercher dans tes ressources mentales, c'est le cerveau qui fait déplacer des montagnes", explique-t-il, comparant son expérience à une "transe".

Mais aller aussi loin au bout de soi-même en vaut-il seulement la peine? "Oui, surtout dans une société où tout arrive dans un claquement de doigts, où on se dit +tiens, je vais m'inscrire à la Star Ac' et demain je vais être célèbre+. Ca n'est pas ça la réalité de la vie."

Et Diniz de comparer son 50 km au premier marathon olympique en 1896 à Athènes, où "les mecs ont terminé comme ils pouvaient, dans des charrettes". "Ca fait partie des belles valeurs de l'olympisme", conclut-il.

Seul moment où sa voix tremble un peu, celui-ci lâche tout de même: "j'ai fait souffrir beaucoup de monde". A commencer par sa femme et ses enfants, qu'il s'envole retrouver en France dès samedi soir.

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