BIEN-ÊTRE
19/08/2016 10:37 EDT | Actualisé 19/08/2016 10:43 EDT

Non le Québec n'est pas à la traîne! Et si on se faisait confiance?

Le Festival Mode & Design s’apprête à finir en beauté avec un regard tourné vers l’avenir. Les deux plus célèbres écoles de mode montréalaises, le Collège Lasalle et l’École de mode du Cégep Marie-Victorin, offriront chacun leur défilé. Une relève qui s’annonce rafraîchissante, et nous invite à réfléchir à l’industrie de la mode, québécoise et mondiale. C’est de cette mode, chamboulée et effervescente, dont il a été question ces derniers jours. En conférence, mais également sur le parvis de la place des Arts. Décryptage des enseignements et des plus beaux moments de ce festival.

Un talent indéniable

Max Abadian, le célèbre photographe de mode et de cinéma, a été formel lors de sa conférence : « Nous avons des talents incroyables à Montréal, mais ils manquent malheureusement de confiance ». Un sentiment partagé par la majorité des acteurs rencontrés cette semaine au festival.

Se libérer du manque de confiance

Dès lors que le talent est bien là, comment s’affranchir des barrières que l’on s’impose à soi-même ? Voilà une question centrale qui mérite d’être abordée. Tous les entrepreneurs à succès sont passés par des périodes où personne ne croyait en eux. « Toute ma vie, j’ai eu des bâtons dans les roues », a confié Lise Watier. Une adversité rencontrée également par Jeanne Beker : « Les gens me haïssaient quand j’ai commencé à animer mon émission de mode ». Penser qu’on ne peut pas réussir parce qu’on n’est pas assez ceci ou cela, ou parce qu’on vit au Québec est une aberration. Il suffit d’écouter Ethan Song, co-fondateur de Frank & Oak, Lise Watier ou Max Abadian pour s’en convaincre.

S’ouvrir à l’international

Il fut un temps où l’on pouvait ouvrir sa boutique de mode dans sa petite ville natale sans trop se soucier de la concurrence nationale ou internationale. Cette époque est révolue, pour le meilleur et pour le pire. On se répète souvent le pire, à renfort de grands titres sur les difficultés de réussir au Québec. Mais on oublie encore plus souvent le meilleur : l’opportunité incroyable d’étendre son marché au-delà des frontières nationales. C’est pourtant la stratégie adoptée par quelques-unes des plus grandes réussites québécoises : du Groupe Dynamite à Frank & Oak, qui réalise 70% de ses ventes aux États-Unis. Est-ce que ça les rend moins montréalais? Certainement pas.

Développer le luxe canadien

« Il y a une grande demande à l’étranger pour le luxe canadien », affirmait Jean-Philippe Robert, co-fondateur de Quartz Co. « Le fait que nos manteaux soient faits ici est une marque de qualité à l’étranger. Avec nos hivers, ils se disent qu’on sait de quoi on parle ». Les produits de luxe ont la côte : qu’il s’agisse des manteaux d’hiver de Quartz Co, des fourrures de Dino Gaspari ou même Harricana qui compte plusieurs collaborations, notamment avec la griffe de ski Rossignol. Le luxe reste d’ailleurs l’un des marchés les plus porteurs actuellement, malgré les remous de l’économie mondiale. Plutôt que de tenter de concurrencer les géants de la fast fashion en coupant sur la qualité et le prix – un combat perdu d’avance – pourquoi ne pas développer et affiner le luxe fait au Canada ?

Se différencier à l’heure de la mondialisation

S’il y a un enseignement que nous devons retenir de ces conférences, c’est que pour exister à l’heure de la mondialisation, il faut se différencier. Inutile donc de se contenter de copier ce qui a été vu ailleurs, comme on le voit encore malheureusement trop souvent. « Internet rend le commerce mondial, expliquait Ethan Song. Donc cette stratégie peut fonctionner à court terme, mais n’a aucune chance de réussite à long terme ». Comment se différencier dans ce contexte? Pourquoi pas en s’inspirant du modèle italien, tel qu’il est présenté à l’exposition Eleganza du musée McCord.

Le modèle italien

L’Italie connaît une crise économique désastreuse, les grandes maisons de couture sont possédées par des intérêts étrangers. Et pourtant, le maillage du territoire par de petites entreprises familiales et artisanales reste certainement le meilleur bouclier au déclin de l’industrie de la mode italienne. Une vague de petits entrepreneurs a ainsi décidé de se recentrer sur le savoir-faire local, de miser sur l’exigence d’une haute qualité, et de travailler fort à former la relève aussi peu encline qu’ici à perdurer les traditions. Un travail loin des paillettes et du glamour publiés dans les magazines, mais qui fait ses preuves auprès d’une clientèle fidèle et qui valorise ce savoir-faire artisanal.

Miser sur la collaboration

« Tout seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin », dit le proverbe. Une phrase qui résonne on ne peut plus fort lors de ce Festival Mode & Design. Tout d’abord, aucune réussite entrepreneuriale n’est l’affaire d’une seule personne. À long terme, ce sont les équipes dont on s’entoure qui font toute la différence. Ensuite, dans un contexte de mondialisation, il est absurde de considérer son voisin comme un concurrent. Quelle perte d’énergie ! C’est ce message fort que rappelait Debbie Zakaib, directrice générale de la nouvelle Grappe Métropolitaine de la Mode.

Fédérer la mode québécoise

Ces dernières années, plusieurs acteurs ont émergé pour tenter de fédérer la mode locale. Nous pensons à la Grappe évidemment, mais aussi au Bureau de la mode de Montréal, au Cabinet Éphémère, ou encore à la Chambre de Commerce du Montréal Métropolitain qui organise régulièrement des missions d’exportation à l’international et aide au quotidien les entreprises d’ici à rayonner hors des frontières. Nous pensons également aux partenariats qui se nouent entre les grandes entreprises comme le Groupe Dynamite et les écoles de mode. Au sein même du territoire, ce sont les initiatives de collaboration et de partage d’expériences, comme ceux vécus au Festival Mode & Design, qui contribuent au succès de tous.

Place au spectacle

Mais surtout, n’oublions jamais que les milieux de la mode et de la beauté ne sont pas nécessairement superficiels, contrairement à l’étiquette qui leur est encore bien souvent collée. Il suffit de se promener place des Arts pour prendre le pouls de cette énergie créative, de ce mélange des genres, ce métissage d’univers. Que ce soit cette danseuse unijambiste incroyable, ces danseuses burlesques ou hip-hop. Que ce soit cet artiste de rue coloriant les murs, ces groupes de musique venus faire danser les foules. Ou ces petits designers venus présenter leurs créations. La mode est un canevas pour l’affirmation des différences, pour la libéralisation de soi. Dès lors qu’on se détache de ses diktats inutiles, la mode est une fête, un spectacle de vie !

Les dessous du Festival Mode & Design

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Tous les styles de la 2e journée du Festival Mode & Design 2016
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