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19/08/2016 08:54 EDT | Actualisé 19/08/2016 08:54 EDT

Des policiers mexicains auraient massacré 22 personnes l'an dernier

Des policiers fédéraux mexicains ont massacré au moins 22 personnes sur une ferme l'an dernier, avant de déplacer les corps et d'éparpiller des armes sur place pour corroborer leur version officielle d'une fusillade, a accusé tard jeudi la commission mexicaine des droits de la personne.

Cette confrontation survenue le 22 mai 2015 dans l'État du Michoacan, dans l'ouest du pays, a aussi coûté la vie à un policier.

Le gouvernement prétend que les victimes sont des trafiquants de drogue qui se cachaient sur une ferme de Tanhuato, près de la frontière avec le Jalisco.

La Commission nationale des droits de la personne évoque aussi deux cas de torture et quatre décès supplémentaires attribuables à un recours à une force excessive. Elle ajoute être incapable de déterminer clairement comment sont mortes 15 autres victimes.

Le président de la commission, Luis Raul Gonzalez Perez, a mentionné des "violations graves des droits de la personne" commises par les policiers fédéraux.

Le commissaire de la sécurité nationale mexicaine, Renato Sales, a réfuté la version de la commission et n'a même pas attendu la fin de la conférence de presse de M. Perez pour rencontrer lui-même les médias. Il a déclaré que les policiers ont essuyé des tirs quand ils ont sommé les suspects de déposer leurs armes.

"L'utilisation des armes était nécessaire et proportionnelle en réaction à une agression imminente et illégale, a-t-il dit. C'est donc à dire que, selon nous (les policiers) ont agi en légitime défense."

Le déséquilibre du bilan a immédiatement fait craindre que les victimes aient été exécutées sommairement par les policiers, dans le cadre d'une opération contre le cartel de narcotrafiquants Jalisco Nouvelle Génération.

Les policiers ont expliqué avoir été pris pour cible par les occupants d'un camion qu'ils auraient poursuivi jusque sur la ferme, mais la commission remet même en question cette version officielle concernant l'origine de l'affrontement puisque le gouvernement n'a fourni aucune preuve à cet effet.

Des témoins ont plutôt raconté à la commission que 41 policiers sont entrés en douce sur la ferme vers 6 h, soit environ une heure plus tôt que ce qui est indiqué dans le rapport officiel. Ce même rapport affirme que 54 policiers et un hélicoptère ont été appelés en renfort après la mort du premier policier. L'hélicoptère aurait à lui seul tiré quelque 4000 balles en direction de deux bâtiments, faisant cinq morts et provoquant un incendie.

Une victime a succombé à des brûlures subies, selon la commission, après qu'elle ait été abattue, mais pendant qu'elle vivait toujours.

La commission ajoute que 13 des 22 victimes avaient été atteintes de balles dans le dos. Dix-huit victimes étaient pieds nus et une ne portait que des sous-vêtements, ce qui porte la commission à conclure qu'elles dormaient quand les policiers sont arrivés.

Les enquêteurs du bureau du procureur général ne sont arrivés sur place que quatre heures plus tard, déplore le rapport, ce qui a donné aux policiers amplement de temps pour maquiller la scène.

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