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16/08/2016 10:19 EDT | Actualisé 17/08/2017 01:12 EDT

RDC: le Premier ministre congolais hué après un massacre à Beni

Le Premier ministre congolais a été hué mardi par des centaines de personnes accourues à la mairie de Beni, ville de l'est de la République démocratique du Congo, théâtre ce weekend du massacre de plusieurs dizaines des civils, a constaté un journaliste de l'AFP.

C'est aux cris de "corrompu" ou encore "démission" que le Premier ministre Augustin Matata a achevé son court discours à la mairie de Beni où il venait de boucler une visite-éclair de trois heures.

"Je suis venu vous présenter les condoléances du président de la République Joseph Kabila", a déclaré M. Matata, immédiatement suivi de cris de la foule qui, massée devant la mairie, a martelé en swahili, la langue locale : "Non, non, non!" Le Premier ministre n'a alors pas hésité à les supplier "d'accepter les condoléances" du président, car "c'est important", a-t-il dit.

Il a ensuite promis de bientôt dépêcher le ministre des Affaires sociales pour "une aide de l'État" aux rescapés.

Cinquante-et-un civils ont été tués dans la nuit de samedi à dimanche dans les quartiers nord de Beni, à la lisière du parc de Virunga, repaire des rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), selon un bilan de la société civile de Beni. Le gouvernement évalue de son côté le nombre de morts à 42.

"Qu'est-il venu faire? On n'a pas besoin d'aide humanitaire, mais de la paix", a protesté Germain Katembo, l'un des rescapés du massacre où il a perdu trois membres de sa famille. Beni n'est pas "un abattoir", a-t-il ajouté, amer.

M. Matata était dépêché par le président Kabila resté à Goma, capitale du Nord-Kivu. Le ministre a visité mardi les lieux des massacres en compagnie de hauts responsables de l'armée et de la police, au lendemain d'une réunion de sécurité tenue à Goma.

Dès dimanche, une centaine d'habitants de Beni avaient crié des slogans hostiles au gouvernement et à M. Kabila qui avait promis, 72 heures plus tôt, de tout mettre en oeuvre pour "imposer" la paix et la sécurité à Beni.

-'Mamadou, Mamadou'-

Dans un communiqué diffusé alors, le gouvernement congolais avait déclaré que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) affrontaient "seules" les miliciens ADF. Son porte-parole, le ministre de la Communication Lambert Mende a indiqué que "la priorité est d'écraser ces terroristes fous", refusant d'en dire davantage sur les stratégies décidées à Goma pour la traque des miliciens ADF.

"Les rebelles ougandais des ADF ont cuisiné et mangé allègrement dans le coin avant de passer à l'attaque", alors que "l'alerte avait été donnée suffisamment à temps", a déploré un autre manifestant, Cosmos Kombi, affirmant avoir retrouvé et enterré "deux corps de ses frères" lundi.

Mardi, la foule a scandé "Mamadou, Mamadou" face à M. Matata, en référence à l'emblématique et populaire colonel Mamadou Ndala tué en janvier 2014 près de Beni, alors que l'armée se préparait à lancer une opération contre les ADF.

Auréolé de plusieurs victoires, le colonel Ndala avait réconcilié de nombreux habitants du Nord-Kivu avec une armée congolaise réputée à cette époque surtout pour son inefficacité et son indiscipline.

Un colonel des Forces armées de la RDC et quatre miliciens ADF avaient été condamnés en novembre 2014 pour cet assassinat.

Beni et ses environs sont le théâtre depuis octobre 2014 de massacres commis essentiellement à l'arme blanche et ayant fait plus de 650 morts. Le gouvernement congolais et la Mission de l'ONU en RDC (Monusco) attribuent ces tueries aux rebelles des ADF. Une version partiellement remise en cause par des experts qui imputent également une part de responsabilité à des soldats de l'armée régulière.

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