Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

Tchad: Deby prête serment dans un pays sous haute tension

Le président tchadien Idriss Deby Itno, incontournable dans la lutte contre les jihadistes en Afrique, a prêté serment lundi pour un cinquième mandat, dans un climat tendu après la mort dimanche d'un manifestant à N'Djamena lors d'une marche d'opposants qui contestaient sa réélection.

"Je suis le président de tous les Tchadiens", a déclaré M. Deby, 64 ans, au pouvoir depuis 1990, dans son discours d'investiture pour un nouveau mandat de cinq ans devant 14 chefs d'Etat africains et le ministre français de la Défense.

Boubou d'un blanc éclatant et coiffe assortie, s'appuyant sur une canne, l'ancien militaire a promis "une lutte implacable contre le terrorisme partout où il menace nos intérêts et notre sécurité", après avoir été officiellement proclamé vainqueur de l'élection du 10 avril dès le 1er tour avec 59,92% des voix.

Parmi les invités dans l'auditorium d'un grand hôtel de N'Djamena figurent les alliés du Tchad contre les groupes jihadistes au Nigeria (Boko Haram) et dans le Sahel: Muhammadu Buhari (Nigeria), Mahamadou Issoufou (Niger), Ibrahim Boubacar Keita (Mali), Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso) et Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie).

Leur homologue français François Hollande avait envoyé comme représentant son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

L'ex-puissance coloniale considère le Tchad et son armée comme son meilleur allié dans la région depuis ses interventions au Mali en 2013 puis en Centrafrique. La capitale N'Djamena est aussi le QG de l'opération militaire française Barkhane au Sahel.

Le chef de file de l'opposition, Saleh Kebzabo, officiellement second du scrutin d'avril avec 12,77% des voix, s'est déclaré lundi "déçu" par la présence de M. Le Drian. M. Kebzabo et l'opposition demandent en vain à la France et la communauté internationale de reconnaître "la nature dictatoriale" du régime de M. Deby.

L'opposant affirmait à l'AFP avoir lui-même reçu lundi après-midi une convocation du procureur à se présenter à la police judiciaire mardi matin. Il pensait être entendu dans l'affaire de la mystérieuse disparition des militaires tchadiens qui n'auraient pas voté Deby.

Selon Saleh Kebzabo, l'opposition a maintenu lundi l'opération "ville morte" pour protester contre la réélection de M. Deby qu'il qualifie de "hold up électoral". N'Djamena était effectivement bien calme lundi, une tranquillité imputée par le parti au pouvoir aux festivités de l'investiture.

Dimanche, un jeune Tchadien a été tué par balle alors qu'il manifestait à N'Djamena à l'appel de l'opposition, un rassemblement interdit pour des raisons de sécurité. Quatre personnes auraient aussi été blessées.

Comme samedi, où un meeting avait été dispersé par la police anti-émeute, l'opposition avait décidé de maintenir dimanche sa "marche pacifique", bravant l'interdiction décrétée par le ministre de l'Intérieur.

L'opposition tente de faire feu de tout bois malgré la poigne de fer de M. Deby. Vingt-neuf partis politiques se sont regroupés fin juillet autour de six candidats défaits à la présidentielle pour former le Front de l'opposition nouvelle pour l'alternance et le changement (Fonac). Trois d'entre eux ont déjà fait défection.

Vendredi, des opposants avaient annoncé le dépôt devant la Haute cour de justice d'une plainte pour "haute trahison" contre le président tchadien. Parmi les sept griefs invoqués: "prise illégale du pouvoir par la violence", "violation grave des droits de l'Homme" ou encore "détournement de fonds public et corruption".

Arrestations et disparitions d'opposants restent fréquentes dans ce pays de 12 millions d'habitants, comme celle en février 2008 de l'ancien chef de l'opposition, Ibni Oumar Mahamat Saleh, donné pour mort et dont le corps n'a jamais été retrouvé.

Malgré le régime sécuritaire qui laisse très peu d'espace à la contestation, le Tchad a connu depuis le début de l'année des tensions inédites, signe de malaises sociaux sur fond de graves problèmes économiques.

Le viol collectif d'une lycéenne par des fils de dignitaires en février avait provoqué de nombreuses manifestations de colère dans plusieurs villes du pays, sévèrement réprimées par les forces de l'ordre. Six des huit violeurs ont été condamnés à dix ans de travaux forcés début juillet.

Le pouvoir est également fragilisé par un contexte économique difficile, alors que le pays subit de plein fouet la chute des cours du baril et que les fonctionnaires, payés avec retard, multiplient les grèves.

Le Tchad, devenu producteur de pétrole en 2003, reste l'un des cinq pays les plus pauvres au monde selon les Nations unies, où 70% de la population est analphabète.

yas-st/dom

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.