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07/08/2016 18:11 EDT | Actualisé 08/08/2017 01:12 EDT

Le Japon suspendu à une allocution solennelle de l'empereur Akihito

Une déclaration solennelle de l'empereur Akihito du Japon aura lieu lundi, au cours de laquelle le souverain, âgé de 82 ans, pourrait laisser filtrer son désir d'alléger ses tâches, mais il ne prononcera pas le mot "abdication" car la Constitution l'en empêche.

Un tel terme serait en effet automatiquement considéré comme un acte politique, une implication que prohibe la charte fondamentale.

Celui qui règne depuis 27 ans, au nom de "l'accomplissement de la paix" (ère Heisei), aurait, selon des fuites relayées par les médias, exprimé son souhait de modifications du régime impérial pour lui permettre de transférer "de son vivant" ses fonctions à son fils, le prince héritier Naruhito.

"L'empereur aurait plutôt envie de continuer, mais d'un autre côté son tempérament et la conscience de sa forte responsabilité font qu'il a peur de commettre des erreurs et de causer des problèmes, et cela le préoccupe fortement", expliquait il y a quelques jours à la chaîne NNN (Nippon News Network) son camarade de jeunesse Mototsugu Akashi, qui le rencontre encore régulièrement.

La très protocolaire Agence de la maison impériale, elle, a nié que le souverain ait dit "vouloir abdiquer", car des déclarations aussi directes auraient des implications politiques immédiates.

"Les journaux et autres médias ont complètement ignoré le démenti de l'Agence de la maison impériale, estimant tout bonnement qu'elle mentait pour éviter un incident constitutionnel", a souligné à la radio Masaru Sato, ex-diplomate et écrivain.

Dans le même temps, la rigide maison préparait la riposte, à savoir une déclaration enregistrée d'une dizaine de minutes qui sera diffusée lundi à 15 heures (06H00 GMT), deuxième seulement de ce type après celle qui a suivi le tsunami meurtrier de mars 2011.

Les impératifs de calendrier de l'empereur et du gouvernement font que cette allocution exceptionnelle intervient entre les commémorations des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, et à une semaine du 71e anniversaire de la fin de la guerre, lorsque le 15 août 1945, le père d'Akihito, l'empereur Hirohito (aussi appelé Showa), prononçait la capitulation sans condition du Japon. Celui qui était demi-dieu sur le trône du Chrysanthème depuis 1925 fut déchu de ce statut divin mais continua de régner jusqu'à son décès, début 1989.

- Vers une régence ? -

Son fils a depuis bousculé avec finesse les traditions et pourrait par ses propos de lundi provoquer un nouveau pas dans ce que d'aucuns nomment "la modernisation" du régime impérial japonais.

Selon l'article 4 de la Constitution, "l'Empereur peut déléguer l'exercice de ses actes en matière d'Etat" dans certains cas définis par la loi. Et l'article 5 ajoute que "lorsqu'une régence est établie, le régent (un membre de la famille impériale, le prince héritier en priorité) exerce ses actes au nom de l'Empereur".

Pour le moment, ladite loi sur la Maison Impériale indique dans son article 16 qu'une telle régence est prévue "si l'empereur n'a pas atteint l'âge de la majorité", ou qu'elle peut être décidée "lorsqu'il est affecté d'une maladie grave, mentalement ou physiquement, ou qu'il y a un obstacle sérieux le rendant incapable d'exercer ses actes en matière d'Etat".

La vieillesse et la fatigue seules ne constituent donc pas (ou pas encore) un motif suffisant.

Bien qu'elles ne soient guère médiatisées, les fonctions de représentation de l'Etat accomplies par l'empereur sont lourdes, comme l'avait souligné en 2013 son fils cadet, Akishino.

Il doit signer nombre de textes de loi, traités et autres documents transmis par le gouvernement (un millier l'an passé), assister à de nombreuses réceptions (270 en 2015), recevoir des représentants d'Etat étranger, etc.

Quels que soient les propos tenus lundi par Akihito, ils revêtiront une importance considérable, compte tenu du caractère exceptionnel d'une telle intervention.

Le gouvernement devrait, selon les médias, émettre un "commentaire" peu de temps après.

Un sondage de l'agence de presse Kyodo publié la semaine passée indiquait que 85% des Japonais seraient favorables à un allègement des tâches de l'empereur s'il en émettait le voeu.

Le souverain et l'impératrice Michiko sont immensément respectés pour l'image de sagesse qu'ils ont toujours su montrer et la compassion sincère exprimée envers les victimes des nombreuses catastrophes naturelles endurées par le pays.

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