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05/08/2016 20:45 EDT | Actualisé 06/08/2017 01:12 EDT

Venezuela: un Parlement d'opposition, mais pieds et poings liés

En décembre, l'opposition vénézuélienne remportait une victoire historique aux élections législatives. Huit mois plus tard, l'utilité de ce succès semble mince: le Parlement, menacé de dissolution et dont les lois sont régulièrement annulées, est quasiment inopérant.

Dernière attaque en date, le président socialiste Nicolas Maduro a saisi la Cour des comptes et le Tribunal suprême de justice (TSJ) pour stopper tout envoi de fonds à l'Assemblée, après avoir déjà menacé il y a quelques mois de lui couper l'électricité.

"Comme cette Assemblée nationale est hors-la-loi, en tant que chef de la trésorerie publique nationale, je ne peux fournir de ressources à une Assemblée nationale inexistante", a lâché M. Maduro mardi soir lors de son émission télévisée hebdomadaire.

Le chef du Parlement monocaméral, Henry Ramos Allup, antichaviste (du nom du président défunt Hugo Chavez, 1999-2013) convaincu de 72 ans, n'a pas tardé à réagir: "De manière systématique, le gouvernement veut neutraliser ou liquider l'unique pouvoir qu'il ne contrôle pas, et qu'il ne va pas contrôler".

"Donc il peut nous couper l'eau, l'électricité ou ne plus nous envoyer d'argent, mais cette Assemblée continuera de fonctionner", a-t-il assuré.

Cette nouvelle menace du chef de l'Etat était une réaction à la décision du Parlement de réintégrer trois de ses députés, dont l'élection avait été suspendue par le TSJ pour fraude supposée.

Plus généralement, cette pique se voulait une réponse au vaste processus lancé par la coalition d'opposition de la Table pour l'unité démocratique (MUD, centre droit) depuis qu'elle a conquis l'Assemblée: celle-ci cherche en effet à organiser un référendum révocatoire pour obtenir le départ anticipé de Nicolas Maduro, élu en 2013 jusqu'en 2019.

Pour le président socialiste, les députés d'opposition sont "des diables", dans une "Assemblée bourgeoise, isolée, neutralisée et mise en échec" qui tente malgré tout de lui asséner un "coup d'Etat parlementaire" en promouvant ce référendum.

En mettant fin à 17 ans d'hégémonie chaviste, l'opposition pensait pourtant pouvoir changer les choses au Venezuela, grâce à ses 112 députés sur les 167 que compte l'hémicycle.

- 'Pas de séparation des pouvoirs' -

Mais "le Parlement est neutralisé juridiquement", note l'analyste Luis Vicente Leon, interrogé par l'AFP.

Alors que ce pays pétrolier est plongé dans une profonde crise économique provoquée par la chute des cours du brut, aggravant l'impopularité du président, le changement de couleur politique du Parlement a mené à l'impasse institutionnelle.

Le TSJ, considéré par l'opposition comme un allié du gouvernement, a prononcé depuis janvier une vingtaine de décisions annulant des lois et accords approuvés par la majorité parlementaire : amnistie pour les opposants emprisonnés, autonomie de la Banque centrale, amendement pour raccourcir le mandat présidentiel...

Lundi, il a déclaré l'Assemblée en infraction, disant se réserver "toute action et procédure qu'il puisse y avoir" pour exiger des responsabilités.

"Ici, il n'y a pas de séparation de pouvoirs, ce qu'il y a c'est la volonté du gouvernement de faire disparaître un pouvoir de la République", critique auprès de l'AFP Cecilia Sosa, ex-président de cette instance judiciaire.

Le parti socialiste au pouvoir "refuse d'accepter qu'il a perdu le contrôle de l'Assemblée et utilise le TSJ pour l'acculer", ajoute-t-elle.

"Ceci est un régime contrôlé totalement par les militaires, où l'on méprise la volonté populaire, c'est un régime où il n'y a pas de séparation des pouvoirs et tous les pouvoirs sont subordonnés sauf celui-ci et c'est pour ça qu'ils veulent nous encercler et nous harceler, mais ils ne vont pas y arriver", a affirmé, confiant, le chef de l'Assemblée.

Plusieurs membres du parti socialiste ont même brandi en juin la menace d'une saisie du TSJ en vue d'une dissolution de la chambre.

Selon Henry Ramos Allup, l'entreprise nationale d'électricité a déjà essayé de suspendre le service dans un des bâtiments du Parlement.

Mais elle a dû renoncer quand elle s'est rendu compte que la ligne alimente également le Conseil national électoral (CNE), considéré par l'opposition comme un allié du gouvernement.

mis/ka/plh

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