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03/08/2016 05:37 EDT | Actualisé 04/08/2017 01:12 EDT

Migrants: HRW et AI dénoncent l'aveuglement volontaire de l'Australie

SYDNEY, Australie — Deux des plus importantes organisations de défense des droits de la personne de la planète accusent l'Australie de volontairement fermer les yeux sur les sévices infligés aux demandeurs d'asile détenus sur une île reculée du Pacifique, dans le but de décourager d'autres réfugiés de tenter de rallier le pays par la mer.

Le rapport cinglant publié conjointement mercredi par Human Rights Watch et Amnistie internationale affirme que les réfugiés détenus sur l'île de Nauru, où l'Australie envoie les demandeurs d'asile, sont maltraités physiquement par les résidants et qu'ils tentent fréquemment de se suicider. On leur refuserait aussi les soins de santé de base.

Une représentante d'Amnistie a déclaré par voie de communiqué que la politique australienne «d'exiler» les demandeurs d'asile qui arrivent par la mer est «extrêmement cruelle». Anna Neistat ajoute que «peu de pays» vont aussi loin pour «volontairement faire souffrir des gens qui ne recherchent que sécurité et liberté».

Le ministère australien de l'Immigration a dénoncé les deux organisations pour ne pas l'avoir consulté lors de la préparation de ce rapport. Le ministère a publié un communiqué dans lequel il «réfute fortement» les allégations dont il fait l'objet.

L'Australie refuse d'accepter tout demandeur d'asile qui se présente sur ses rives. Elle paie plutôt Nauru et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, aussi dans le Pacifique, pour les héberger — parfois pendant plusieurs années.

Des allégations de mauvais traitements, de conditions de vie insalubres et de tentatives de suicide fréquentes éclaboussent l'Australie depuis plusieurs années. Un réfugié iranien est mort à Nauru en avril après s'être immolé par le feu.

Les groupes de défense des droits de la personne demandent depuis longtemps à l'Australie de renoncer à cette pratique de détention à l'étranger qui, selon eux, contrevient aux obligations internationales du pays.

L'Australie rétorque que la politique a sauvé des vies en décourageant les migrants de tenter de rejoindre son territoire par la mer depuis l'Indonésie, habituellement à bord d'embarcations délabrées. Les détracteurs accusent le pays d'avoir créé un problème en tentant d'en résoudre un autre.

Les journalistes sont presque entièrement interdits d'accès à Nauru depuis des années. Des employés de HRW et d'Amnistie affirment toutefois avoir pu s'y rendre le mois dernier, passant 12 jours à interroger 84 réfugiés et demandeurs d'asile. Les personnes rencontrées ont affirmé souffrir de dépression, d'anxiété et de pertes de mémoire à court terme. Des adultes et des enfants ont confié vouloir s'enlever la vie.

Les demandeurs d'asile peuvent, depuis l'an dernier, sortir du centre de détention pour se déplacer sur l'île, mais plusieurs affirment que la peur les empêche de le faire. Chaque personne rencontrée par les recherchistes a rapporté avoir été intimidée, harcelée ou maltraitée physiquement par les résidants.

Certains ont dit avoir été frappés avec des bouteilles ou des rochers, ou encore volés à la pointe du couteau. Des femmes prétendent enfin avoir été agressées sexuellement.