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03/08/2016 10:17 EDT | Actualisé 04/08/2017 01:12 EDT

Femmes autochtones: une enquête non contraignante tout de même saluée

OTTAWA — Même si elle manque de mordant aux yeux de certaines organisations et familles de victimes, l'enquête nationale publique sur les femmes autochtones disparues ou assassinées a été accueillie avec soulagement et satisfaction, mercredi.

L'émotion était à son comble dans la grande galerie du Musée canadien de l'histoire, à Gatineau, où le gouvernement a officiellement passé le flambeau aux cinq commissaires qui dirigeront cette enquête indépendante, qui était réclamée depuis des années.

«L'enquête nationale est une étape importante de notre route vers la réconciliation avec les peuples autochtones du Canada», a déclaré la ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, rendant hommage aux proches des victimes qui ont accepté de partager leurs histoires souvent tragiques.

«C'est grâce à ces femmes et à ces familles courageuses, qui savaient qu'il se passait quelque chose de vraiment anormal, que nous sommes ici aujourd'hui. Elles savaient qu'il fallait une enquête pour que justice soit rendue, pour guérir, et pour mettre fin à cette terrible tragédie», a-t-elle souligné.

L'enquête se mettra en branle le 1er septembre, et on sait d'ores et déjà qu'elle coûtera au moins 13,8 millions $ de plus que les 40 millions $ initialement prévus. Elle sera menée par cinq commissaires, dont l'ancienne présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC), Michèle Audette.

La commissaire en chef est Marion Buller, la première femme membre des Premières Nations à être nommée juge en Colombie-Britannique, en 1994. Le rapport de son équipe est attendu avant la fin de 2018.

Le mandat des commissaires sera d'examiner et de faire rapport sur les causes systémiques de la violence envers les femmes autochtones et de se pencher sur diverses institutions, incluant les forces policières, les médecins légistes et les services d'aide à l'enfance.

La commission n'aura cependant pas le pouvoir de contraindre les forces policières à rouvrir des enquêtes, une lacune que des familles de victimes et quelques organisations ont regrettée.

«Nous sommes préoccupés par le fait que (le cadre de référence) ne comprenne pas explicitement un examen des services de police et ne fournisse pas des options pour les familles qui croient que les cas de leurs proches ont été mal enquêtés», a offert Alex Neve, secrétaire général de la section canadienne anglophone.

La présidente de l'AFAC, Dawn Lavell-Harvard, partage cette inquiétude. «Les familles ont clairement dit qu'elles voulaient des réponses. Qu'elles désiraient une opportunité de faire rouvrir des enquêtes qui ont été bouclées prématurément ou dont les conclusions leur semblent insatisfaisantes», a-t-elle plaidé.

Le déclenchement de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées a été favorablement accueilli et n'en demeure pas moins un moment «historique», a insisté Mme  Lavell-Harvard.

Et cela lance un message très puissant pour les futures générations de femmes autochtones, qui pourront aspirer à vivre «dans un pays où elles se sentent en sécurité sans craindre de devenir une statistique», a fait valoir Nikki Fraser, représentante jeunesse de l'Association des femmes autochtones de la Colombie-Britannique.

Les 10 provinces et les trois territoires participeront au processus et y apporteront tous leur entière collaboration, a signalé le fédéral.

«Nous entendons collaborer à l'enquête nationale par tous les moyens mis à notre disposition, car c'est une étape majeure dans le processus de réconciliation amorcé», a déclaré par voie de communiqué le ministre québécois responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley.

«Nous mettrons de l'avant les mesures nécessaires afin de permettre (...) que cette commission puisse répondre aux demandes formulées depuis longtemps», a ajouté dans le même communiqué la ministre québécoise de la Justice, Stéphanie Vallée.

Ces annonces mettent un terme au rôle du gouvernement dans la définition du cadre de référence de la commission; ce sera dorénavant aux commissaires de prendre la relève et d'amorcer leurs travaux.

Les consultations préalables ont permis de dégager certains grands axes pour les travaux de la commission: les pratiques policières, le système judiciaire, le rôle du colonialisme et des pensionnats pour Autochtones, de même que la pauvreté endémique dans plusieurs communautés des Premières Nations.

La mise en place de cette commission est réclamée depuis belle lurette par de multiples acteurs issus des Premières Nations.

Le chiffre de 1200 femmes et filles autochtones disparues ou assassinées avancé par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a été remis en question en février dernier par la ministre Bennett et sa collègue à la Condition féminine, Patty Hajdu.

Cette dernière avait précisé qu'elle n'avait pas de chiffre précis, mais que selon l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC), le nombre des victimes serait de l'ordre de 4000.