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03/08/2016 04:22 EDT | Actualisé 04/08/2017 01:12 EDT

Chine : plus de sept ans de prison pour le dissident Hu Shigen

Le militant chinois des droits de l'Homme Hu Shigen, un dissident connu, a été condamné mercredi à sept ans et demi de prison ferme pour "subversion de l'Etat", un nouveau tour de vis dans la répression des voix dissidentes en Chine.

M. Hu, dont le procès-éclair avait lieu mercredi devant une Cour intermédiaire de Tianjin (nord), est le deuxième militant à être jugé à la suite de la "répression du 7 juillet", une vaste série d'arrestations d'avocats et de défenseurs des droits de l'Homme intervenues à l'été 2015.

Le sexagénaire, figure des défenseurs des droits civiques, a été reconnu coupable d'avoir "répandu des idéologies subversives" et d'avoir mis en danger sécurité nationale et stabilité sociale, indique le tribunal dans un microblog.

L'audience, à laquelle l'AFP n'a pas été autorisée à assister, s'est déroulée sous haute surveillance.

Des dizaines de policiers en uniforme et en civil -identifiables grâce à leurs pin's étoilés- interdisaient l'accès au tribunal, autour duquel la circulation était interrompue, tandis qu'une femme affirmant être un guide touristique cherchait avec insistance à éloigner les journalistes étrangers.

A en croire les médias d'Etat, Hu Shigen, seulement défendu par des avocats appointés par le gouvernement, a "confessé" ses fautes pendant le procès.

"Je voulais discréditer l'administration judiciaire, la sécurité publique et le gouvernement, (...) inciter les gens à se défier des autorités", aurait-il déclaré, selon Chine nouvelle.

"J'ai instillé ces idées pour déclencher une +révolution colorée+", aurait ajouté Hu, déclarant avoir "été influencé par le libéralisme bourgeois" et remerciant juges et procureurs de l'avoir "éduqué".

- Chrétien des 'églises à domicile' -

Depuis l'arrivée du président Xi Jinping en 2013, ONG et experts dénoncent un durcissement croissant de la répression contre les voix critiques à l'égard du régime, réduisant drastiquement les moyens d'action légaux des militants.

Fondateur en 1991 du Parti chinois de la liberté et de la démocratie, Hu Shigen est un éminent intellectuel dissident.

Il avait été libéré en 2008 après avoir passé 16 ans en prison pour avoir tenté de commémorer l'écrasement meurtrier des manifestations en faveur de la démocratie de Tiananmen en 1989.

Il s'était ensuite imposé en tant que responsable respecté des "églises à domicile" à Pékin - réunions de chrétiens jugées illégales par les autorités, lesquelles n'autorisent que des lieux cultuels sous contrôle et des organisations religieuses administrées par le régime communiste.

"C'était un chrétien, une personne aimante et responsable. Il avait des ambitions politiques, mais c'était sans rapport avec ses responsabilités dans le domaine de l'église", a confié à l'AFP Xu Yonghai, un militant religieux.

Hu Shigen avait aussi été détenu quelques semaines en 2014 avec le célèbre avocat des droits de l'homme Pu Zhiqiang, après une cérémonie pour le 25e anniversaire de Tiananmen.

Enfin, il était à nouveau placé sous les barreaux il y a un an, lorsque plus de 200 militants des droits de l'homme et avocats spécialisés avaient été interpellés en juillet 2015 en Chine pour être interrogés.

L'opération ciblait notamment le cabinet pékinois Fengrui -connu pour défendre des intellectuels dissidents et se saisir de cas juridiques sensibles.

Une douzaine de juristes et de militants avaient été officiellement placés en état d'arrestation pour "subversion", encourant une peine maximale d'incarcération à perpétuité.

Ils sont en détention depuis, dans l'attente de leur procès, sans contacts autorisés avec leurs proches, comme s'en plaignent les épouses de plusieurs d'entre eux.

Egalement arrêté en juillet 2015, le militant Zhai Yanmin a été reconnu coupable de "subversion" mardi à Tianjin, mais n'a finalement été condamné qu'à trois ans de prison avec sursis.

Son épouse, placée en résidence surveillée, s'est vu interdire d'assister à son procès.

L'avocat Zhou Shifeng, emblématique directeur du cabinet Fengrui, doit quant à lui être jugé dans les prochains jours.

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