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31/07/2016 04:30 EDT | Actualisé 01/08/2017 01:12 EDT

Manifestation pro-Erdogan sous tension en Allemagne

Des milliers de partisans de Recep Tayyip Erdogan manifestent dimanche en Allemagne, où les tensions au sein de l'importante diaspora turque sont vives suite à la tentative de putsch et aux purges qui ont suivi.

Deux semaines après le coup d'Etat raté à l'initiative d'un groupe de militaires, le président turc continue à renforcer son emprise sur le pays: près de 1.400 militaires ont été limogés dimanche, dont le conseiller militaire le plus proche du chef de l'Etat.

Il a aussi annoncé samedi vouloir contrôler directement les services de renseignement et les chefs d'état-major de l'armée.

Les tensions autour de ces purges et de la tentative de putsch sont de plus en plus exportées en Allemagne, où vit la plus importante diaspora au monde avec 1,55 million de Turcs et une communauté de 3 millions au total en incluant les Allemands d'origine turque.

Les participants à un rassemblement pro-Erdogan prévu dimanche à Cologne (ouest) ont commencé à se réunir en milieu de journée, certains portant une banderole à la gloire du chef de l'Etat turc - "Erdogan combattant des libertés" -, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les organisateurs espèrent jusqu'à 50.000 personnes, la police locale jusqu'à 30.000 participants. Elle a déployé 2.700 hommes dans la cité rhénane afin d'empêcher des incidents.

En parallèle, en effet, plusieurs petites contre-manifestations distinctes ont lieu, à l'initiative de mouvements allemands de gauche ou d'un groupe d'extrême droite local islamophobe. Elles avaient réuni quelques centaines de personnes dans le calme en milieu de journée, selon la police.

- Discours d'Erdogan en direct interdit -

L'appel à la manifestation, dont le mot d'ordre est "contre le coup d'Etat et pour la démocratie", a été lancé par l'Union des démocrates européens turcs (UETD), un lobby pro-Erdogan. La région autour de Cologne, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, concentre à elle seule un tiers de la diaspora turcophone du pays.

Les organisateurs ont tenté jusqu'au bout d'avoir une intervention vidéo en direct de M. Erdogan durant le rassemblement, mais les autorités allemandes, qui redoutent que les tensions soient exacerbées, s'y sont opposées.

La Cour constitutionnelle allemande, juridiction suprême du pays a confirmé samedi cette interdiction, provoquant l'ire d'Ankara. Un porte-parole de la présidence turque a qualifié la décision d'"inacceptable" et demandé des "explications".

En amont du rassemblement, le président Erdogan a dénoncé les restrictions allemandes, accusant le pays d'"empêcher" les Turcs "de se rassembler, de manifester". "Voilà quels démocrates ils sont!", a raillé le chef de l'Etat.

La police allemande a aussi refusé que des responsables de premier plan du gouvernement turc participent à la manifestation de Cologne. Finalement, c'est le ministre turc de la Jeunesse et des Sports, Akif Cagatay Kilic, qui s'exprimera sur place.

La manifestation doit débuter par les hymnes turc et allemand puis par une minute de silence en mémoire des victimes de la tentative de coup d'Etat. Dans une déclaration, distribuée à l'avance, qui doit être lue, les médias étrangers sont accusés de parti pris anti-Erdogan et de rendre compte de manière "honteuse" de la situation en Turquie.

En Allemagne, l'inquiétude monte. "Importer les tensions politiques internes de la Turquie chez nous (...) et intimider les gens qui ont d'autres convictions politiques, ça ne va pas", a déclaré le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, au journal Süddeutsche Zeitung.

Ankara a jeté de l'huile sur le feu cette semaine en demandant à l'Allemagne d'extrader les membres présents sur son territoire du réseau du prédicateur Fethullah Gülen, accusé par Ankara d'avoir ourdi la tentative de putsch. Plusieurs d'entre eux se sont plaint de harcèlements par les pro-Erdogan depuis que les purges ont commencé en Turquie.

Ces tensions surviennent à un moment où les relations entre l'Allemagne et la Turquie sont déjà très détériorées, suite au vote par les députés allemands en juin d'une résolution qualifiant de "génocide" le massacre des Arméniens sous l'empire Ottoman en 1915.

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