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27/07/2016 06:09 EDT | Actualisé 27/07/2016 06:09 EDT

«Ingénu» : Adib Alkhalidey, le surdoué

Paméla Lajeunesse

Une rentrée montréalaise dans un Théâtre St-Denis bondé? Adib Alkhalidey l’a vécu, en novembre 2013, avec grand succès. Mais pour son deuxième one man show, l’humoriste a décidé de faire les choses différemment.

Un spectacle plus court, sans campagne de promotion massive, une tournée presque confidentielle et un circuit de petites salles parallèles, dans un itinéraire qui semble déterminé davantage au jour le jour que très longtemps à l’avance. Avec, comme principal véhicule pour faire voyager l’œuvre, le bouche à oreille.

Mercredi dernier, c’est donc dans l’intime Cinquième Salle de la Place des Arts - évidemment remplie à pleine capacité – que le bien-aimé Adib a présenté Ingénu, alors qu’à l’extérieur, les Jacksons faisaient pétarader les décibels sur la Place des Festivals. Une représentation unique qu’il n’avait même pas annoncée en grandes pompes sur sa page Facebook et qui n’a été mentionnée que dans quelques médias, mais qui avait néanmoins le privilège d’être propulsée par le Festival Juste pour rire.

Pouvait-on ainsi parler de rentrée montréalaise pour Alkhalidey et Ingénu? On l’ignore. Le jeune homme a choisi de briser les «conventions» coulées dans le quasi béton du milieu de l’humour et de dévier du trajet habituel «rodage – première à Montréal et à Québec- tournée», pour s’affirmer comme il l’entend et, qui sait, peut-être, recommencer plus souvent. On ne lui en tiendra certainement pas rigueur, un talent comme le sien devant à tout prix s’exprimer souvent, partout. D’ailleurs, ce ne sont pas les projets qui manquent pour le comique à la chevelure hirsute, lui qui jongle avec la scène, la télévision (Like-moi, Les beaux malaises), les web-séries (Avoir l’air de, 7$ par jour), les court-métrages (il en prépare un présentement), et quoi encore. Savez, quand on est surdoué…

Problématiques sociales

Ne nous enfargeons pas davantage dans les fleurs du tapis : Adib Alkhalidey est encore meilleur la deuxième fois. Ingénu est nettement à la hauteur de Je t’aime, son premier solo, qui nous avait jetés par terre il y a bientôt trois ans. Grand observateur de l’être humain, Alkhalidey n’a même pas besoin de décor pour nous transporter dans son univers. Il explique simplement, à sa manière, ce que son œil candide et gentil décode de notre société mal en point et le raconte avec l’aisance, la finesse, la tournure des grands. La confiance en lui-même qu’il dégage n’est pas dérangeante, elle lui confère l’assurance nécessaire pour débiter ses propos avec crédibilité. Le choix de se produire dans de petites enceintes est en outre judicieux, Adib étant doté d’une désarmante facilité à interagir avec les spectateurs. Son approche convient bien aux espaces restreints.

Dans Ingénu, Adib Alkhalidey poursuit ni plus, ni moins sur la lancée entreprise dans Je t’aime en causant immigration, enfance, TDAH, sexualité. Sa source d’inspiration, c’est l’être humain. Sa comparaison du métier d’humoriste et du boulot dans un établissement de restauration rapide est inspirée, celle entre les réseaux sociaux et les maisons, tout aussi songée. «Si Facebook est un salon, Tinder est juste un balcon sur lequel tu sors tout nu.»

De son appartenance ethnique, dont il se fout visiblement («Mon pays, c’est l’intérieur de la ligne orange») à l’éloge des transgenres, à l’analyse des comportements enfantins, comme se jeter par terre pour faire une crise («J’arrive pas à croire qu’en vieillissant, on a laissé tomber ce pouvoir de négociation extraordinaire»), à sa mise sur piédestal de l’hiver québécois (qui, selon lui, laisse jaillir le meilleur de l’être humain, sa vaillance et sa solidarité), Adib sautille d’une problématique sociale à l’autre avec la légèreté d’une gazelle.

On aurait besoin de plus d’Adib Alkhalidey de moins de 30 ans sur nos planches pour pointer nos travers du doigt et les dédramatiser. De surcroît, les gens adorent quand il emprunte cette fausse voix féminine, nasillarde à souhait, pour mettre une situation en relief. Comme quoi l’humour du garçon se promène entre différents niveaux… tous intelligents, toujours.

Pour en savoir plus sur les activités d’Adib Alkhalidey, consultez sa page Facebook.

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