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Québec revoit la loi pour élargir la vente des fruits et légumes « moches »

Québec entame une nouvelle étape dans la lutte contre le gaspillage alimentaire en abrogeant le Règlement sur les fruits et légumes frais, ce qui permettra aux consommateurs québécois de se procurer des fruits et légumes dits « moches ».

Un texte de Vanessa Destiné

Le Règlement sur les fruits et légumes frais oblige les producteurs à répondre à certains critères esthétiques. Le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ), Pierre Paradis, soutient que ce règlement « n'était plus actuel » et « qu'il devait évoluer en fonction des attentes des consommateurs ».

Dans la cadre de sa stratégie gouvernementale pour le développement durable, le gouvernement du Québec propose donc d'assouplir les exigences de commercialisation des fruits et légumes pour permettre aux entreprises de « diversifier leur offre » et de vendre des produits qui ne sont pas parfaits du point de vue esthétique.

Les produits « moches » ont connu un engouement important dans les dernières années notamment en France. La chaîne française d'alimentation Intermarché a décidé en 2014 d'offrir des fruits et des légumes comportant de légers défauts.

Cet enthousiasme pour les aliments imparfaits a traversé l'Atlantique lorsque des magasins des bannières Loblaw et IGA ont décidé d'adopter la tendance dans certains de leurs magasins.

Une décision qui ne fait pas l'unanimité

Selon le MAPAQ, qui cite une étude publiée en 2010 par le Value Chain Management Centre, près de 10 % des fruits et légumes frais seraient gaspillés directement au champ.

Le directeur général de l'Association des producteurs maraîchers du Québec (APMQ), André Plante, précise qu'entre 10 à 15 % des fruits et légumes québécois sont considérés comme « moches » en fonction des critères gouvernementaux. Et il estime qu'entre 5 à 10 % des fruits et légumes produits au Québec n'ont aucune façon de se faire vendre au détail.

S'il salue les actions entreprises par le gouvernement pour limiter le gaspillage des aliments, il se montre inquiet des possibles répercussions sur l'industrie.

« Nous sommes pour la réduction de gaspillage alimentaire, mais il faut que ce soit fait correctement », affirme-t-il.

M. Plante soutient que les producteurs pourraient aussi ressentir énormément de pression pour répondre à la demande pour les produits imparfaits. Selon lui, les producteurs préfèrent se concentrer sur le développement de produits de qualité et répondant aux normes.

Le directeur de l'APMQ s'inquiète aussi de la concurrence qu'il pourrait y avoir entre les grandes bannières et les petits producteurs. Il explique que les produits moches sont généralement vendus moins cher. Son association recommande de les vendre de 25à30% de moins que le prix ordinaire, mais que les grandes chaînes vont parfois les vendre jusqu'à 50% moins cher, entrainant, selon lui, une concurrence déloyale.

L'UPA abonde dans les même sens. Le président de l'UPA du Bas-Saint-Laurent ne croit pas qu'il s'agisse d'une priorité pour les producteurs. Gilbert Marquis admet que de nombreux fruits et légumes imparfaits, difformes ou tachetés sont gaspillés, faute de pouvoir les écouler, mais il croit que la tendance pour le consommateur est plutôt à la recherche de qualité.

« Quand on pense que le client s'en va à l'épicerie, regarde pour avoir des produits frais, des produits de qualité, des produits sans taches, sans malformation et puis que là on irait à l'inverse de ça », dit-il.

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