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Il faut sauver la soldate Hillary

Maintenant que la question de l'unité du parti est pas mal réglée, les irréductibles de Bernie Sanders vont soit se rallier sans bruit ou se perdre dans la foule de ceux qui scandent des slogans que plus personne n'entend.

Une analyse de Michel C. Auger

À compter de maintenant, la convention démocrate passe dans sa deuxième phase. Si c'était un film, il s'appellerait Il faut sauver la soldate Hillary.

Le tout a commencé dès lundi soir avec un discours à la fois magistral et émouvant de la démocrate la plus populaire au pays, Michelle Obama. En utilisant ses propres filles pour faire la comparaison entre Donald Trump et Hillary Clinton.

« Quand on essaie de les intimider ou de les bousculer, on dit à nos filles qu'elles doivent élever le débat, pas descendre à leur niveau ». Brutalement efficace pour dénigrer Trump sans même le nommer.

On en aura encore pour trois jours. Sur tous les tons et de toutes les manières, les orateurs démocrates diront aux Américains qu'ils doivent regarder Hillary Clinton d'une façon différente, qu'ils doivent lui donner une deuxième chance.

La performance la plus intrigante à cet égard sera celle de son mari, Bill Clinton, encore extrêmement populaire chez les démocrates. L'orateur le plus doué de sa génération. Mais pourra-t-il parler de celle qu'il connaît mieux que personne de façon à ce que les Américains oublient toutes les idées négatives qu'ils ont développées

sur elle au cours des années.

Parce qu'un des problèmes fondamentaux d'Hillary Clinton est justement qu'on l'a trop vue. Depuis un quart de siècle qu'elle est dans l'oeil du public, comme première dame, comme avocate d'un régime de santé public, comme sénatrice, secrétaire d'État et, deux fois, candidate à la présidence.

Les courriels...

Tout le monde reconnaît son expérience, mais depuis un an, ce sont surtout ses côtés négatifs qui sont ressortis. L'affaire des courriels officiels qui passaient par un serveur personnel plutôt que le serveur officiel du gouvernement illustre une autre Hillary Clinton : celle qui cultive le secret et est prête à enfreindre les règles pour parvenir à ses fins.

Ce n'est pas pour rien que les sondages montrent qu'elle est vue de façon presque aussi négative que Donald Trump par les électeurs américains. Elle était réservée? On dit maintenant qu'elle est froide. Elle voulait briser le « plafond de verre »? On la décrit comme une simple ambitieuse. Elle était celle qui se battait pour les familles et la classe moyenne? On la voit maintenant comme utilisant toutes ces causes pour servir la sienne.

Ce sont ces perceptions que les orateurs à la convention vont s'attaquer à compter d'aujourd'hui. Et l'équipe démocrate regorge d'orateurs de talent pour venir à la rescousse d'Hillary Clinton. En plus de son mari, on entendra le président Barack Obama, le vice-président Joe Biden, son (surprenant) colistier Tim Kaine et elle sera présentée, jeudi soir, par sa fille Chelsea.

Mais, malgré toute cette aide, la question est de savoir si les Américains écoutent encore. Est-ce que l'image d'Hillary Clinton qu'ils se sont forgé au cours des derniers mois est si profondément ancrée dans leur esprit qu'il n'est plus possible de leur faire changer d'idée? Ou, au contraire, sont-ils prêts à la regarder à nouveau dans le contexte d'une élection ou elle fera face à un Donald Trump qui est encore moins populaire qu'elle?

Elle devra combattre non seulement sa propre image, mais une apathie de l'électorat américain qui a laissé passer un homme remarquablement mal préparé pour la présidence comme Donald Trump. Et qui semble maintenant blasé par ce qui serait quand même un événement historique, soit l'élection de la première femme à la présidence des États-Unis.

Malgré tous les orateurs prestigieux qui viendront la vanter à la tribune de Philadelphie, cette semaine, la réponse appartiendra à Hillary Clinton elle-même dans son discours de jeudi soir.

À la fin, c'est elle seule qui pourra se montrer aux Américains sous un autre jour - peut-être plus personnel et moins politique - et les convaincre qu'ils doivent lui donner une nouvelle chance.

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