NOUVELLES
25/07/2016 11:30 EDT | Actualisé 26/07/2017 01:12 EDT

Tunisie: manifestation contre un projet d'amnistie de faits de corruption

Des centaines de Tunisiens ont de nouveau manifesté lundi à Tunis contre un projet de loi controversé prévoyant l'amnistie des personnes poursuivies pour corruption en échange d'une pénalité financière.

"Le peuple veut la chute de la corruption", "Le projet de loi ne passera pas", "Ni réconciliation, ni marchandage", ont scandé les manifestants, réunis sous un important dispositif de sécurité.

Ce projet de loi dit de "réconciliation" avait été proposé l'an dernier par le président Béji Caïd Essebsi. Il prévoit l'amnistie des faits de corruption pour les personnes poursuivies - notamment des hommes d'affaires et des anciens membres du régime du dictateur déchu Zine El Abidine Ben Ali - en échange du remboursement des sommes indûment gagnées et d'une pénalité financière.

Le projet est vivement critiqué par des partis politiques et la société civile, qui exigent son abandon. Mi-juillet, plusieurs ONG ont lancé une initiative baptisée "Ça ne passera pas" en disant craindre qu'il n'entraîne "une intensification de la corruption".

De son côté, le président Essebsi assure qu'il s'agit "d'améliorer le climat de l'investissement" dans un pays économiquement exsangue.

Les manifestants, qui avaient déjà protesté contre le projet l'été dernier, sont redescendus dans la rue ces dernières semaines à Tunis et dans d'autres villes, le texte étant à l'étude devant une commission du Parlement.

Lundi, alors que la Tunisie marquait le 59e anniversaire de la proclamation de la République, c'est à l'appel du collectif citoyen "Manich msamah" (Je ne pardonnerai pas, en arabe) que près de 400 personnes se sont rassemblées devant le siège de la centrale syndicale UGTT, dans le centre de la capitale.

Elles ont ensuite défilé sur l'avenue Bourguiba, haut lieu de la révolution de 2011, avec des membres de partis de l'opposition comme le Front populaire, une coalition de gauche et d'extrême-gauche.

Ce projet "divise les Tunisiens, il est inconstitutionnel et contrevient au processus transitionnel", a déclaré à l'AFP Mustapaha Ben Jaafar, ex-président du Parlement et chef du parti Ettakatol.

Charfeddine Kellil, l'un des fondateurs de "Manich msamah", y voit un point positif: "La volonté des partis au pouvoir de passer ce projet de loi a permis à l'opposition de s'unir (...) alors qu'elle était divisée", assure-t-il à l'AFP. "Ce qui se passe aujourd'hui est important et aura des conséquences dans le futur".

kl/iba/cmk