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24/07/2016 20:45 EDT | Actualisé 25/07/2017 01:12 EDT

Les sanctions perturbent les opérations humanitaires en Corée du Nord

En Corée du Nord, la vie des organisations d'aide humanitaire n'est pas simple. Elles subissent de plus le contrecoup involontaire du renforcement des sanctions internationales contre Pyongyang, avec des banques timides qui refusent de transférer les fonds dont elles ont besoin.

Des cargaisons d'aide sont également retenues pendant longtemps, parfois indéfiniment, à la douane chinoise. En cause, la confusion ambiante sur ce qui est autorisé ou non après le renforcement des sanctions décidé en représailles au quatrième essai nucléaire nord-coréen du 6 janvier.

"Importer des biens --médicaments, aide humanitaire, matériaux pour les infrastructures sanitaires-- est devenu très difficile", explique un membre d'une ONG internationale présente dans la capitale nord-coréenne.

"Que se passerait-il en cas d'inondations importantes?", demande-t-il. "Nous avons quelques matériels sur place mais nous ne pourrions pas faire venir de l'aide d'urgence rapidement".

Par exemple, une grosse cargaison de tablettes de purification de l'eau a été saisie par les douanes chinoises car leur forte teneur en chlore faisait redouter un "double usage" potentiel.

De même, des panneaux solaires destinés un laboratoire diagnostiquant la tuberculose sont restés en rade car jugés de "qualité militaire".

Les sanctions sont assorties d'exemptions très claires pour l'aide humanitaire dont, selon les estimations, 18 millions de personnes ont besoin.

Mais les sanctions qui s'accumulent ces dernières années contre le programme nucléaire nord-coréen, nettement durcies en mars en même temps que la communauté internationale était fortement incitée à les appliquer, secouent les réseaux humanitaires.

-Hésitations du privé-

"Malgré l'exemption humanitaire, les entreprises du privé comme les banques, les transporteurs et autres fournisseurs sont de plus en plus hésitants, voire refusent de fournir leurs services, ce qui restreint les capacités opérationnelles des agences", a déclaré une agence humanitaire dans un email à l'AFP.

"Les canaux bancaires ont été fermés en mars. Avec le temps qui passe, et si aucune solution n'est trouvée, les difficultés opérationnelles vont augmenter".

Cinq agences de l'ONU --la FAO, l'UNFPA, l'Unicef, le PAM et l'OMS-- et quatre ONG internationales parmi lesquelles Save the Children ont des programmes humanitaires en Corée du Nord. La Fédération internationale de la Croix-Rouge et l'Agence suisse du développement sont aussi présents.

Trouver le moyen sûr de faire transiter du liquide pour couvrir les frais de transport, les salaires et autres coûts est un sujet évoqué au plus haut niveau au siège de l'ONU à New York.

"Nous travaillons sur cette question", a déclaré Farhan Haq, porte-parole adjoint du secrétaire général de l'ONU.

D'après une source proche des discussions, elles portent sur une banque russe qui pourrait accepter de transférer des fonds onusiens en Corée du Nord, à la condition d'obtenir le feu vert du comité des sanctions de l'ONU.

Pour les banques, ce type de transaction ne rapporte pas grand chose: les sommes sont faibles, la paperasse est considérable de même que les risques en termes d'image.

En juin, le Trésor américain avait jugé que Pyongyang était un foyer potentiel de blanchiment d'argent, ce qui signifie qu'une banque reliée au système financier américain risquerait d'être sanctionnée en cas d'affaires avec le Nord.

-A la recherche d'une solution-

En mars, Washington avait nettement durci ses sanctions et mis en garde les banques chinoises et russes fournissant des services aux banques nord-coréennes.

Exemption humanitaire ou pas, la plupart des banques étrangères estiment qu'il vaut mieux complètement éviter le pays.

Conscient du problème, le Trésor américain a écrit en juin à l'ONU pour clarifier la situation.

"Nous sommes profondément préoccupés par (...) les récents défis auxquels font face l'ONU et ses agences spécialisées qui tentent de transférer des fonds pour leurs programmes d'assistance humanitaire", a déclaré à l'AFP un responsable du Trésor.

Selon un rapport de l'ONU, 70% des 24,9 millions de Nord-Coréens sont vulnérables aux pénuries alimentaires. Environ 10,5 millions sont "sous-alimentés".

Ces dix dernières années, les financements humanitaires ont dégringolé, pour partie à cause des "provocations" de Pyongyang.

Les problèmes bancaires "ajoutent une couche de complication supplémentaire à nos opérations", reconnaît Christopher de Bono, porte-parole de l'Unicef pour l'Asie orientale et le Pacifique. "Mais nous avons réussi à faire en sorte que notre travail humanitaire avec les enfants ne soit pas compromis de manière importante".

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