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25/07/2016 10:06 EDT | Actualisé 26/07/2017 01:12 EDT

Les démocrates devront se méfier des distractions

Il y a manifestement un mauvais karma - ou à moins que ce ne soit une sorte de mauvais sort - entre Hillary Clinton et les courriels.

Une analyse de Michel C. Auger

 

Alors qu'elle a absolument besoin d'une bonne semaine à la convention démocrate pour partir la campagne contre Donald Trump, la voici encore dans une sale histoire de courriels.

Ou, dit autrement, on arrive pour couvrir une convention politique et on se retrouve dans un étrange roman d'espionnage.

Politiquement, c'est une histoire qui pourrait nuire à la fois aux chances d'unifier le Parti démocrate et avoir des retombées internationales, puisque la Russie serait impliquée. Et pendant tout ce temps, Donald Trump nargue par Twitter et rigole tout doucement.

Le scandale entourant les courriels est de voir que le Comité national du parti démocrate - la direction centrale du parti - a pris fait et cause pour Hillary Clinton contre son adversaire aux primaires, Bernie Sanders.

Voilà longtemps que le camp Sanders se plaignait de ce parti-pris et réclamait la tête de la présidente du parti, la représentante Debbie Wasserman Shultz, pour partialité. Une série de courriels mis en ligne par le groupe Wikileaks vient maintenant le confirmer.

Mme Wasserman Shultz a annoncé qu'elle démissionnerait après le congrès. Mais sa simple présence - même dans une assemblée de délégués de Floride, son État - suffit à déclencher les huées et la controverse. Elle a même dû se résigner à annuler le discours d'ouverture qu'elle devait tenir, tant son nom était devenu toxique.

Une attaque russe!

La défense des démocrates relève d'un scénario à la John LeCarré : le parti aurait été victime d'une attaque informatique, il y a quelques semaines, qu'on impute à des hackers en Russie. De là à accuser la Russie de vouloir nuire aux démocrates pour favoriser l'élection de Donald Trump, il n'y a qu'un pas... que le FBI a franchi, puisqu'il a annoncé faire enquête.

Les Russes tentant de pervertir le système démocratique américain... Mais nous n'en sommes pas là!

Le problème immédiat pour Hillary Clinton, c'est que tout cela fait désordre. Et que c'est précisément l'impression que les démocrates ne veulent pas laisser. La convention républicaine a donné une légère avance à Donald Trump dans les sondages. Normal : ils ont eu l'exclusivité des ondes et du message durant une semaine.

Maintenant, les démocrates espèrent effacer cette avance et reprendre l'avantage en faisant tout ce que les républicains n'ont pas su réussir : l'unité du parti au premier plan. Pas de scandale, pas de divisions, pas de drame. Juste une belle brochette d'orateurs populaires : Michelle Obama, Bernie Sanders, le président Obama, le vice-président Biden, l'ex-maire de New York Michael Bloomberg... Tout ça pour préparer la voie à Hillary Clinton et Tim Kaine.

Cette controverse, qui commence avant même le début officiel de la convention, profite néanmoins à Donald Trump, qui s'en sert pour renforcer son propre message : que tout le système politique et économique est truqué par des gens comme Hillary Clinton et qu'il est le seul à pouvoir régler le problème. Après sa propre convention difficile, il ne pouvait espérer mieux.

Les démocrates ont quatre jours pour tenter d'effacer les scandales des courriels et donner une image positive de leur candidate et de leur programme. Ils auront tout pour réussir - y compris le président Obama et son épouse, qui jouissent en ce moment d'un regain de popularité.

À condition, bien sûr, que d'autres distractions ne viennent pas assombrir la convention.