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22/07/2016 02:08 EDT

Émilie Fournel: un pas de recul pour lui permettre de ramer vers l'avant

Jim Young / Reuters
Canada's Emilie Fournel competes in the women's kayak single (K1) 500m heat at the Eton Dorney during the London 2012 Olympic Games August 7, 2012. REUTERS/Jim Young (BRITAIN - Tags: OLYMPICS SPORT CANOEING)

MONTRÉAL — Milan, 22 août 2015. Émilie Fournel est dévastée. Le K4 canadien, pourtant médaillé d'or des Jeux panaméricains contre sensiblement les mêmes embarcations un mois plus tôt, vient de terminer au dernier rang de sa demi-finale du K4 500 m. Du coup, il rate sa qualification olympique.

«J'ai eu un grand moment de doute, j'avais l'impression d'avoir frappé un mur», s'est rappelée la Montréalaise au cours d'un entretien entre deux séances d'entraînement, en Floride. Elle croyait alors que sa troisième participation aux Jeux olympiques — elle qui a fait Pékin et Londres — venait de s'envoler.

Quelques jours plus tôt — sans le savoir — Marc Granger, l'entraîneur de l'équipe nationale, a possiblement sauvé la carrière de Fournel. Connaissant son côté solitaire, il décide d'inscrire la kayakiste au 5000 m en K1. Elle y gagnera le bronze, son premier podium en solo aux Mondiaux.

«Ce n'est pas une distance olympique, mais Marc savait que j'aimais faire du K1. Par contre, je n'avais pas dormi depuis notre course de K4 et je n'étais pas certaine de vouloir y prendre part, car je doutais de mes capacités.

«Quand la course a commencé, mon instinct de compétitrice a pris les commandes. Cette troisième place m'a fait réaliser que je n'étais pas finie, que j'avais encore quelque chose en moi, que mes espoirs olympiques étaient encore là. La semaine suivante, aux Championnats canadiens, je suis allée en solo et j'ai gagné. Ces deux courses m'ont relancée. J'ai alors su que je pouvais le faire, que ça pouvait fonctionner. Il fallait juste trouver les bonnes personnes. C'est là que Fred m'a appelée.»

Fred, c'est Frédéric Jobin, entraîneur du champion du monde Mark de Jonge et ex-entraîneur de Caroline Brunet, qui a remporté deux médailles d'argent et une de bronze aux JO, ainsi que 10 médailles d'or, sept d'argent et quatre de bronze aux championnats du monde. C'est aussi sous sa gouverne que s'entraîne son «petit frère» Hugues.

«Il m'a dit: 'Si ça te tente d'embarquer avec moi, je pense qu'on peut faire de grandes choses ensemble'. J'ai pris mon auto, je suis allée le rencontrer à Québec, nous avons discuté et nous avons fait un plan. Mais de changer d'entraîneur comme ça à huit mois d'une qualification, il fallait vraiment lui faire confiance et me faire confiance aussi.

«J'y suis allée un entraînement à la fois. J'essayais d'absorber le plus possible du savoir des autres kayakistes. Je me suis entraînée avec Mark de Jonge pendant huit mois. Je trouvais que j'avais tellement à apprendre de lui: j'étais à la fois une éponge et la fatigante qui posait 300 000 questions! J'essayais d'apprendre tous les petits trucs que Mark ou Hugues pouvait m'enseigner.»

Il faut croire qu'elle a été bonne élève: aux sélections canadiennes, en mai, elle devait vaincre deux fois Michelle Russell, qui avait qualifié le bateau canadien aux Mondiaux de Milan. Fournel, qui avait pourtant perdu la première finale, a remporté les deux autres pour mériter sa place aux Jeux de Rio de Janeiro.

«J'ai ressenti une grande fierté, a-t-elle dit. J'avais vraiment tout misé sur le K4 pendant ce dernier cycle olympique, mais ça n'a pas fonctionné. J'ai dû vraiment changer mon fusil d'épaule pour cette année: changer d'entraîneur, d'entraînement, d'environnement. Vraiment, je trouvais que j'étais partie de loin, j'étais tellement fière d'avoir pu gérer toute cette pression.»

Limites repoussées

Cette qualification maintenant en poche, Fournel voit grand pour Rio. Elle sent que cette nouvelle association avec Jobin et de Jonge ont fait en sorte d'augmenter son potentiel.

«C'est la combinaison d'un tout. Fred est arrivé au bon moment. J'ai beaucoup d'expérience, je sais ce qui ne fonctionne pas. Maintenant, je devais accueillir de nouvelles idées, voir si elles allaient fonctionner pour moi. Tout le bagage d'entraînement que j'ai, tous les entraîneurs et les partenaires d'entraînement que j'ai eus ont fait en sorte que cette année, je devais seulement trouver quelqu'un qui m'aide à mettre toutes les pièces du puzzle ensemble. C'est ce que Fred a fait pour moi cette année.»

À Londres, en 2012, Fournel avait terminé 14e en K1 500 m et 21e du K1 200 m, après une 10e place en K4 5000 m à Pékin. Cette fois, on la sent prête à franchir un pas de plus.

«C'est certain que si je n'atteins pas la finale, je serai déçue à 300 pour cent, lance-t-elle avec confiance. Je me dis toujours que lorsque tu as un couloir en finale, tout est possible. Je suis toujours réaliste, mais cette année, j'ai tellement changé de trucs que je me sens comme une nouvelle athlète.

«Pour moi, ç'a vraiment été un changement à 180 degrés. Alors je me laisse aller à rêver et j'ai des attentes plutôt élevées. J'ai l'impression de pouvoir encore m'améliorer d'ici Rio. Je fais d'excellents temps à l'entraînement. Aux qualifs, j'avais des chronos qui pouvaient rivaliser avec les meilleures au monde. Alors sans me mettre de chiffres précis, je vise le plus haut possible.»

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