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La doctrine Trump : la seule défense, c'est l'attaque

On dit souvent que la meilleure stratégie défensive, c'est l'attaque. Donald Trump va un peu plus loin : pour lui, la seule défense, c'est l'attaque. Ne jamais reculer, ne jamais s'excuser, toujours attaquer, toujours s'en prendre à l'adversaire.

Une analyse de Michel C. Auger

Une partie de cette stratégie est dans sa nature. En affaires comme en politique, il ne recule jamais. Une partie de ce qu'il apporte au parti républicain est une simple question de personnalité : son style de campagne et ses discours ont profondément divisé le parti. Alors, la seule unité qu'il leur reste, c'est de détester Hillary Clinton et

de l'attaquer sans relâche.

On l'a vu mardi soir à la convention de Cleveland. La soirée avait pour thème l'économie : comment Donald Trump allait créer des emplois et relancer la croissance. En lieu et place, les orateurs se sont lancés dans un festival de surenchère à propos de leur future adversaire démocrate.

C'est ainsi qu'on a vu le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, un ancien procureur, réciter une série de « crimes » commis par Hillary Clinton, de la guerre civile en Syrie à la détérioration des relations avec la Russie. Chaque fois, Christie demandait à la foule son verdict. « Coupable! » Et la foule en rajoutait en scandant : « En prison! En prison ».

C'était avant qu'un autre ex-adversaire de M. Trump, Ben Carson, ne condamne Mme Clinton pour « croire en Lucifer ». Rien de moins. De fait, une fois qu'on a amené Belzébuth dans la conversation, on ne peut pas tellement aller plus loin.

C'est ainsi que dans la soirée de mardi, il y a eu deux fois plus de discours contre Hillary Clinton (13) que vantant les mérites de Donald Trump (6).

Dans une salle pleine de militants républicains, c'était tout à fait dans le ton de la journée. Mais pour l'électeur américain moyen qui écoutait tout ça dans son salon, l'effet est loin d'être assuré, même en admettant que Mme Clinton a pratiquement autant d'opinions négatives que M. Trump dans les sondages.

Discipline et professionnalisme?

Mais plus on va vers l'élection générale, plus il faut parler de ses idées et ne pas simplement attaquer l'adversaire.

La question maintenant est de savoir si Donald Trump aura la discipline de rester concentré sur les messages positifs que sa campagne voudra développer d'ici novembre plutôt que de sombrer dans les attaques personnelles et si son organisation aura assez de professionnalisme pour l'aider à le faire.

Dans sa campagne pour l'investiture, M. Trump a éliminé un à un ses adversaires en mariant l'attaque et l'insulte : le « petit Mario » Rubio, « Ted [Cruz] le menteur », « Jeb [Bush] le faiblard, etc. Et quand il a été attaqué par ses adversaires, il a été exactement comme son épouse Melania l'a décrit : « il a répliqué 10 fois plus fort ».

Ce ne sera pas aussi simple dans la campagne contre Hillary Clinton. Parce que si elle est impopulaire, Trump l'est aussi. En fait, les sondages indiquent qu'il est son propre pire ennemi.

Les Américains se demandent s'il a le tempérament qu'il faut pour être président des États-Unis. Ce qui implique - parfois - de savoir se taire et écouter; ce qui implique de ne pas toujours répliquer avec force à chaque attaque; ce qui veut dire penser en fonction du long terme et pas seulement de vouloir remporter chaque différend, tout de suite et sans attendre.

Voudra-t-on d'un président qui, lorsqu'il rencontrera un chef d'État étranger, voudra jouer sur la confrontation ou l'insulte?

Entre deux candidats dont les perceptions négatives sont élevées, ce qui pourrait décider de l'élection n'est pas tant le programme que la capacité d'être le « leader du monde libre », comme on dit encore ici.

Dans un tel contexte, les attaques personnelles trop virulentes contre Hillary Clinton pourraient bien se retourner contre leur auteur. Même si la haine de la candidate démocrate est devenue le seul ciment qui unit encore ce qui fut le parti de Lincoln, de Theodore Roosevelt et de Ronald Reagan.

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