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19/07/2016 10:58 EDT | Actualisé 19/07/2016 11:03 EDT

Les leçons du déluge

Depuis qu'on enregistre des données météorologiques au Québec, il n'est jamais tombé autant de pluie en 72 heures que lors du déluge de 1996. Un phénomène naturel exceptionnel, qui a généré une crue dont la probabilité de récurrence est d'une fois tous les 10 000 ans. Qu'adviendrait-il si une telle pluie diluvienne se manifestait aujourd'hui? A-t-on tiré les leçons de juillet 1996?

Un texte de Jean-François Coulombe

La gestion des barrages s'était rapidement retrouvée au banc des accusés au lendemain des inondations de 1996 au Saguenay.

On disait à l'époque que c'était un acte de Dieu, mais plusieurs se demandaient si la main de l'homme ou la négligence n'y était pas pour quelque chose.

Ces questions avaient mené à la mise sur pied d'une commission d'enquête technique et scientifique sur la gestion des barrages, présidée par Roger Nicolet. Celle-ci avait émis un certain nombre de recommandations, dont la plupart ont été appliquées.

Recommandations de la Commission Nicolet

  • Création des organismes de bassin versant
  • Adoption d'une loi sur la sécurité des barrages
  • Mise en place de plans de mesures d'urgence dans toutes les municipalités du Québec
  • Abaissement du niveau d'exploitation du réservoir Kénogami
  • Rehaussement et consolidation des digues et des barrages
  • Augmentation de la capacité d'évacuation de la rivière aux Sables
  • Création d'un réservoir en amont, dans la réserve faunique des Laurentides
  • Identification des zones inondables dans les municipalités

Tous ces changements font dire à Andrée Bilodeau, ingénieure responsable de la gestion des barrages publics au Centre d'expertise hydrique du Québec, que le réservoir Kénogami est maintenant le mieux outillé parmi tous les bassins versants au Québec et que les correctifs apportés lui permettraient de faire face à un nouveau déluge.

«Nos ouvrages sont faits pour résister à une crue trois fois supérieure à celle de 1996.»

- Andrée Bilodeau, ingénieure responsable de la gestion des barrages publics au Centre d'expertise hydrique du Québec

« S'il y avait des débits similaires à juillet 1996, le niveau maximal atteint au lac Kénogami serait moindre d'environ 50 centimètres », explique Andrée Bilodeau. « Il y aurait deux fois moins d'eau dans la rivière Chicoutimi, il y aurait une quantité d'eau similaire dans la rivière aux Sables, mais compte tenu des travaux effectués, le niveau est moindre pour le même débit, donc il y aurait beaucoup moins de dommages. »

Gestion de crise

Il n'y a pas que la gestion des barrages qui a changé depuis 1996, la gestion de crise aussi.

À Saguenay, on a mis sur pied un centre de coordination des mesures d'urgence, une véritable war room située sur le boulevard de l'Université.

Selon son coordonnateur, Carol Girard, les autorités municipales géraient la crise au jour le jour en 1996. Elles avaient été averties par le Centre d'expertise hydrique du Québec de l'ouverture imminente des vannes des barrages du réservoir Kénogami, sans en connaître les conséquences.

Le tableau serait totalement différent aujourd'hui selon lui, puisque le Centre d'expertise hydrique du Québec, qui gère les barrages publics, est en communication constante avec eux. Un processus d'alerte et de mobilisation est en place, de sorte que les municipalités sont prévenues de ce qui se passe au niveau des barrages et peuvent s'y préparer.

«La culture a changé ce qui fait que ce n'est pas Québec qui nous informe qu'il va arriver le pire maintenant. On travaille ensemble avant que la situation arrive.»

- Carol Girard, directeur du Service de sécurité incendie et coordonnateur des mesures d'urgence

L'efficacité du centre de coordination des mesures d'urgence a d'ailleurs pu être vérifiée lors de l'incendie qui a entraîné la fermeture du pont Dubuc, en décembre 2013.

Ce qu'il reste à faire

Le rapport Nicolet suggérait la mise en place d'un réservoir en amont du lac Kénogami, dans la réserve faunique des Laurentides, pour retenir l'eau en cas de fortes pluies.

Le coût de la construction de cet ouvrage préventif était estimé à 175 millions de dollars à l'époque. C'est la seule recommandation émise par la commission d'enquête qui n'a pas été retenue à ce jour.

Dans la région, deux installations demeurent vulnérables en cas de crue importante : un barrage d'Hydro-Jonquière sur la Rivière-aux Sables, qui appartient à la Ville de Saguenay, et un pont qui mène à la centrale de Chute-à-Caron, propriété de Rio Tinto.

Des études sont en cours pour évaluer la solidité de ces ouvrages et pour déterminer les correctifs qui doivent y être apportés.

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