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19/07/2016 04:40 EDT | Actualisé 19/07/2016 09:59 EDT

Attentat de Nice: l'Assemblée française vote six mois supplémentaires d'état d'urgence

Six jours après l'attentat de Nice, l'Assemblée nationale a donné son feu vert à l'article prolongeant l'état d'urgence pour six mois en France, dans un climat politique envenimé par des accusations de l'opposition de laxisme dans la lutte antiterroriste.

Comme le réclamait une partie de la droite, les députés ont porté dans la nuit de mardi à mercredi la prolongation de l'état d'urgence à six mois, jusqu'à fin janvier 2017, ce à quoi le président François Hollande s'était dit ouvert.

Le gouvernement avait prévu à l'origine cette prolongation, présentée comme une "réponse puissante" au terrorisme par le Premier ministre Manuel Valls, pour une durée de trois mois.

Ce régime qui facilite les perquisitions et les assignations à résidence est en vigueur depuis les attaques jihadistes du 13 novembre 2015 à Paris. C'est la première fois depuis la guerre d'Algérie (1954-1962), où ce régime d'exception avait prévalu pendant près de huit mois, que l'état d'urgence dure si longtemps en France.

Quitte à être une nouvelle fois qualifié de "fataliste" par ses détracteurs, le Premier ministre socialiste Manuel Valls a averti que la France devait s'attendre à d'"autres attentats" et d'"autres innocents tués", dans une allocution mardi soir devant les députés.

"Nous devons, non pas nous habituer - jamais - mais apprendre à vivre avec cette menace. A vivre avec elle et à la combattre", a-t-il dit.

"Les terroristes veulent nous diviser, nous séparer, nous monter les uns contre les autres", a déclaré mardi M. Hollande pendant une visite au Portugal. "Il y a un devoir qui m'anime: que nous soyons unis, rassemblés, capables de réagir comme il convient avec la force nécessaire", a-t-il ajouté.

Le débat mardi soir devant les députés (comme celui qui doit se dérouler mercredi devant les sénateurs) était électrique, tant l'opposition de droite ne cesse depuis le carnage du 14 juillet à Nice de critiquer l'exécutif socialiste.

Elle a réclamé lundi soir une commission d'enquête parlementaire sur la tragédie niçoise.

Refus d'une «législation d'exception»

Le parti Les Républicains de l'ex-président Nicolas Sarkozy était favorable à la prolongation de l'état d'urgence mais avait posé ses conditions: au moins six mois de plus et un durcissement des mesures coercitives prévues dans ce cadre.

Le projet de loi prévoit de rétablir la possibilité de perquisitions administratives à toute heure du jour ou de la nuit sans l'aval d'un juge, ainsi que celle d'exploiter les données des ordinateurs et téléphones saisis.

L'affrontement pourrait se focaliser sur les exigences de la droite d'un arsenal encore plus répressif, avec notamment des centres de rétention à titre préventif pour les personnes soupçonnées de radicalisation islamiste.

Le Sénat, à majorité de droite et où le débat aura lieu mercredi, jouera les prolongations s'il adopte un texte différent de celui de l'Assemblée.

M. Valls a rejeté mardi toute idée d'instaurer une "législation d'exception", plaidant pour que la France reste un Etat de droit.

L'attentat de Nice, la troisième tuerie de masse en France depuis janvier 2015, a provoqué des tensions politiques, à neuf mois de la prochaine élection présidentielle, l'opposition de droite et l'extrême droite accusant le pouvoir socialiste de ne pas faire assez contre le terrorisme.

Le Premier ministre a été hué lundi au cours d'une cérémonie à la mémoire des victimes sur les lieux du carnage, la célèbre Promenade des Anglais qui longe la Méditerranée.

La tension est exacerbée à l'approche de primaires à droite en novembre et propices à une surenchère entre les principaux rivaux, l'ancien Premier ministre Alain Juppé, favori de ce scrutin, et M. Sarkozy.

Un sondage rendu public mardi met en exergue le rejet massif par les Français des principaux candidats potentiels. Plus de sept Français sur dix (73%) ne souhaitent ainsi "en aucun cas" que M. Hollande soit réélu à la présidentielle et 66% ne veulent pas non plus voir M. Sarkozy revenir à la tête de l'Etat.

En fauchant avec son camion la foule présente pour célébrer la fête nationale, Mohamed Lahouaiej Boulhel, un Tunisien de 31 ans, a tué 84 personnes et en a blessé plus de 300 autres. Ce massacre a été revendiqué par le groupe Etat islamique (EI).

Les enquêteurs ont confirmé "le caractère prémédité" de l'attentat, "pensé et préparé" par Mohamed Lahouaiej Boulhel. Cinq personnes étaient toujours en garde à vue mardi soir, selon une source judiciaire.

Malgré la revendication de l'EI, "aucun élément de l'enquête ne démontre à ce stade une allégeance de Mohamed Lahouaiej Bouhlel à l'organisation terroriste", a déclaré lundi le procureur de Paris, François Molins.

Mais le magistrat a révélé que "l'exploitation de son ordinateur illustre un intérêt certain et récent pour la mouvance jihadiste radicale".

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