DIVERTISSEMENT
19/07/2016 06:03 EDT

Gala Badouri – Antoine à Juste pour rire: on taquine ceux qu'on aime (PHOTOS)

Si on taquine ceux qu’on aime, les Québécois apprécient définitivement beaucoup les Français, et vice-versa. Aucun immense fou rire n’a jailli du premier Gala Juste pour rire de la saison, opposant le Québec et la France, animé par Rachid Badouri et Éric Antoine, mais l’ensemble fut quand même sympathique et très amusant, et a permis quelques belles découvertes. On en retient plus de positif que de négatif, même si c’était plutôt lisse et tranquille. Notons que le Gala est également présenté ce mardi, toujours à la Salle Wilfrid-Pelletier.

Nos coups de cœur de la soirée: Pierre Croce et Jérémy Demay, Olivier Martineau et Blanche Gardin.

Les animateurs, Rachid Badouri et Éric Antoine

À la présentation de la voix hors-champ, Éric Antoine est arrivé seul sur scène, appuyé sur une béquille en raison d’une fracture au pied. Magicien de son état, il a exposé son style décapant en deux ou trois gags – en suggérant notamment à un spectateur de se lancer en bas du balcon –, a fait popper le champagne à sa manière et a lui-même fait apparaître son co-animateur Badouri, lequel est sorti d’une boîte, suivant une procession de jolies danseuses vêtues de noir, qui l’ont accompagné dans sa danse d’ouverture.

Galerie photo Gala Juste pour rire - Rachid Badouri et Éric Antoine (18 juillet 2016) Voyez les images

Le dialogue de bienvenue des deux collègues a été correct, sans plus, avec ses clins d’œil à Denis Coderre («qui a le pouvoir d’apparaître partout où il y a des caméras»), aux Arabes, à Saint-Jérôme, aux 6'8" d’Éric Antoine et aux 5'9" de Rachid Badouri, à la prolifération des humoristes en France comme ici («Il y a plus d’humoristes au Québec que d’obèses aux États-Unis»), à Tim Hortons (avec des blagues douteuses de Timbits), et à Passe-Partout (Badouri a rebaptisé Antoine «Passe-Montagne s’a coke»).

Plus tard, Éric Antoine a repris son numéro de la fée des dents avec un enfant, inséré dans son spectacle Réalité ou illusion? La minuscule et blonde Maïka, 7 ans, s’est adorablement prêtée au jeu à la représentation de 18h30, lundi, avec son irrévérence toute enfantine. Et Rachid Badouri a interprété une très belle fée des dents volante!

De son côté, pour son solo, Rachid Badouri est revenu sur son mariage et les gentils défauts de sa femme avec toute la verve, le bruitage et l’énergie qu’on lui connaît. Le pastiche de son épouse qui dort les yeux ouverts était digne de l’Exorciste.

Neev

Premier invité de la soirée, Neev n’a pas été transcendant en parlant de Price Is Right et des différents jeux télévisés du Québec et de la France, du Banquier à Question pour un champion. Sa parodie de l’accent québécois demeure toutefois parfaite.

Pierre Croce et Jérémy Demay

Excellent moment que ce duo Pierre Croce – Jérémy Demay. Le premier, youtubeur à succès, a badiné allègrement sur son nom de famille («la meilleure blague de mon spectacle», a-t-il évoqué), avant que son comparse ne s’amène pour lui donner un petit cours de «Québec 101». «Ici on est Québécois en premier et Canadien au hockey», a martelé Demay. Indépendance du Québec, cônes oranges, nids de poule, pantalons d’armée des policiers, Ricardo, tranches de «fromage jaune», langue française, plusieurs sujets ont été abordés en peu de temps. Jérémy Demay s’est montré baveux à souhait, et tous deux ont reçu une ovation debout.

Eddy King

Eddy King, qui a grandi en France, est parvenu à traiter tout en finesse du terrorisme, en lien avec les récents événements du Bataclan et de Nice, en établissant un parallèle avec sa propre réalité et celle de sa maman, qui est passée de femme de ménage à enseignante à l’UQÀM. Un texte très intelligent.

Olivier Martineau

Olivier Martineau est arrivé le torse bombé, la voix forte, et a joué les ignorants devant les attraits de la France («Un pays avec un nom de madame»), se proposant pour aller «finir» de bâtir la tour Eiffel avec son beau-frère et manifestant son envie de voir un jour le «Musée du Loup» et la «Place Versailles». Son excellente imitation de Joe Dassin - Julien Clerc a été fort appréciée. Le public s’est levé pour lui aussi, avec raison.

Jean-François Mercier

Jean-François Mercier a fait une apparition-éclair pour… gueuler, comme d’habitude. Il a hurlé au visage d’Éric Antoine, se moquant de son métier de magicien, de son humilité, de son odeur. Rien de neuf sous le soleil, mais le parterre l’a adoré.

Blanche Gardin

Incroyablement caustique, la toute délicate Blanche Gardin a elle aussi parlé des drames des derniers mois en Europe, mais pas avec la timidité que son allure de petite fille sage laisse planer. Entre autres, selon elle, à Paris, on n’est pas encore tannés d’«enjamber les cadavres»… Elle a jasé célibat, masturbation, égalité des sexes, fantasme du viol, féminisme, petite poitrine, «petite bite», et autres questions «grand public» avec des mots coup de poing. Tout ça, de sa voix douce d’éducatrice en garderie qui raconte une histoire aux enfants. Deux pouces levés pour cette Blanche Gardin qu’on aimerait revoir sur nos scènes prochainement.

Mathieu Madénian

Mathieu Madénian est devenu une vedette en France après avoir joué dans la version locale d’Un gars, une fille. «Enfin un Français qui nous doit tout», a argué Rachid Badouri. Madénian a fait preuve d’une belle sensibilité en remerciant les gens de leur présence, avouant que son séjour à Juste pour rire le réconforte après les événements tragiques qui viennent de se produire chez lui. Observations du quotidien, déprime sur sa vieillesse prématurée, examen médical, le garçon à la belle gueule n’a rien cassé avec ses réflexions, mais il est très attachant.

Laurent Paquin

Laurent Paquin a été on ne peut plus franc avec nos cousins en les chicanant sur leur façon de «parler québécois». «Vous êtes aussi bons pour imiter l’accent québécois que pour parler anglais», les a-t-il sermonnés. Toujours, mais alors là, toujours une valeur sûre dans un Gala Juste pour rire, Paquin n’a pas offert là son plus grand cru, mais a été solide comme toujours.