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Le sang des jeunes et des femmes moins bon pour la transfusion?

Les patients qui reçoivent des transfusions sanguines de donneurs plus jeunes ou de sexe féminin ont plus de chances de mourir, selon une nouvelle étude menée par des chercheurs associés à l'hôpital d'Ottawa. Des résultats qui étonnent.

Un reportage de Jean François Bouthillette
de l'émission

Cette vaste enquête met en évidence une association claire entre l'âge et le sexe des donneurs, d'une part, et le risque de décès des receveurs de transfusions sanguines au cours des années qui suivent, d'autre part.

Par exemple, les patients ayant reçu six unités de globules rouges donnés par des femmes présentent un taux de mortalité de 36 % dans l'année suivant les transfusions, par rapport à un taux de 27 % pour des patients ayant reçu du sang d'hommes uniquement.

Une baisse de 8 % du taux de survie est aussi enregistrée chez les patients ayant reçu du sang de donneurs de moins de 20 ans, par rapport aux patients ayant reçu du sang de donneurs de 40 à 50 ans.

Des chiffres qui étonnent

Les résultats de cette analyse, publiés cette semaine dans la revue JAMA Internal Medecine, surprennent les auteurs eux-mêmes.

À la lumière de la littérature existante, ils s'attendaient plutôt à ce que le sang « jeune » puisse être plus performant, affirme l'auteur principal de l'étude, le Dr Michaël Chassé, médecin intensiviste au CHU de Québec et associé à l'Institut de recherche de l'hôpital d'Ottawa.

À ce stade, on ne peut qu'émettre des hypothèses quant aux raisons pour lesquelles ces caractéristiques du donneur pourraient influencer la santé de certains receveurs - si cela s'avérait.

Les chercheurs pensent qu'un tel effet pourrait s'expliquer par la différence entre les systèmes immunitaires du donneur et du receveur. « Les jeunes ont un système immunitaire plus actif, plus agressif contre les invasions », ce qui pourrait entraîner une réaction chez le receveur, explique le Dr Chassé.

Avec la collaboration de la Société canadienne du sang et de quatre hôpitaux ontariens, le Dr Chassé et ses collègues ont pu analyser les dossiers médicaux anonymisés de 30 503 patients ayant reçu 187 960 transfusions de sang issu de 80 755 donneurs uniques.

Ils ont pu suivre cette cohorte sur sept ans et comparer la survie des receveurs ayant reçu du sang de donneurs d'âge et de sexe différents.

Si les résultats sont statistiquement significatifs, il faut souligner que ce genre d'étude ne démontre pas l'existence d'une relation de cause à effet entre l'âge ou le sexe du donneur et la santé du receveur.

Pas d'inquiétude, mais de l'intérêt

D'autres études seront nécessaires pour arriver à ce genre de certitude. Le Dr Chassé s'affaire d'ailleurs à mettre sur pied une étude randomisée d'envergure qui permettrait d'isoler plus précisément l'effet de l'âge ou du sexe du donneur sur le receveur.

Le sang transfusé au Canada n'a jamais été aussi sécuritaire, insiste d'ailleurs le Dr Chassé, qui prescrit lui-même des transfusions à ses patients, dans sa pratique médicale.

Les banques de sang à l'affût

De leur côté, les gestionnaires de banques de sang s'intéressent de près à cette nouvelle piste. À la Société canadienne du sang, qui a contribué à l'étude, on estime que ces données pourraient mener à une meilleure compréhension des effets des caractéristiques du donneur sur la santé du receveur.

Chez Héma-Québec, on se dit interpellé par l'article. « C'est une étude très bien réalisée, il faut prendre ses résultats très au sérieux », affirme le Dr Marc Germain, vice-président aux Affaires médicales.

Or, dit-il, si de tels effets se confirmaient, on verrait à adapter les pratiques.

L'étude publiée cette semaine ouvre peut-être la voie vers des soins plus personnalisés dans le domaine de la médecine transfusionnelle. Si l'on confirmait l'existence d'avantages pour des patients fragiles, par exemple, on pourrait à terme choisir le sang à transfuser en fonction de la compatibilité du donneur et du receveur, notamment en matière d'âge ou de sexe.

Le Dr Marc Germain, vice-président, affaires médicales chez Héma-Québec, explique que ce genre d'étude a déjà amené les banques de sang et les médecins à adapter leurs lignes directrices et à exclure certains produits sanguins, dans le passé :

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