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Juste pour rire 2016 : Yannick de Martino, effectivement brouillon

Yannick De Martino affirme qu’il est en «rodage du rodage de son show», avec Brouillon, un spectacle d’une heure inclus dans la programmation du Festival Juste pour rire, qu’il présente ces jours-ci à la Salle Claude-Léveillée.

À la bonne heure. Dieu merci, le garçon a encore du temps devant lui avant de lancer officiellement son premier one man show. Car la tentative un peu brouillonne qu’il nous sert présentement porte admirablement bien son titre et devra à tout prix être retravaillée. Soyons toutefois honnêtes, samedi, le public était à ses pieds et riait énormément. N’empêche, de Martino a des croûtes à manger.

Non, ce n’est pas parce qu’on nous octroie une scène que tout ce qu’on débitera dessus sera drôle. Non, ce n’est pas automatiquement parce qu’on glisse partout des sacres, complets ou à coups de syllabes, que l’effet comique sera accentué.

Non, une diction relâchée et nonchalante ne créent pas un «personnage» attachant. Même s’ils sont peut-être voulus, les «comme qu’on peut dire», les «mon patron était d’accord avec qu’est-ce qu’on dit» et les «si Dieu a créé tout qu’est-ce qu’il y a sur la planète» n’ont absolument rien de séduisant. Et, franchement, on n’avait pas l’impression que cette prononciation déficiente était calculée.

On aurait voulu plonger dans son univers avec le même plaisir que les spectateurs qui s’amusaient ferme, mais la vérité, c’est que cette heure avec Yannick de Martino nous a paru bien longue. L’humoriste donne dans le traditionnel stand up en faisant semblant d’imaginer, de brainstormer un spectacle devant public. Il pige ainsi dans une multitude de sujets, de sa peur des chiens à son rôle de père, des thèmes qui pourraient, comme n’importe quel autre, générer de bonnes idées, mais ses observations tombent le plus souvent à plat, et ses gags sont rarement hilarants, ni même le moindrement songés. On avait l’impression, en le regardant et en l’écoutant, d’assister à la totale improvisation d’un cégépien qui déconne avec ses amis. Le style de Yannick de Martino plaît certainement à certains, mais le jeune homme est encore loin des ligues majeures.

«Absurdiser l’absurde»

Quelques anecdotes, un interminable et ennuyeux pastiche d’un chansonnier malchanceux (qui ne dure pourtant pas cinq minutes, mais qui génère presque un malaise tant il ne mène à rien), un «slam» où il multiplie les tentatives de jeux de mots et de mots d’esprit (comme rebaptiser Mahée Paiement, Mahée Virement Interac, voyez le genre?), voilà les armes avec lesquelles Yannick de Martino part au combat.

On perçoit bien que l’artiste essaie de jouer sur différents degrés, de verser dans l’absurde et l’ironie, mais ça ne fonctionne hélas pas très bien. L’humour décalé est un art qui requiert une minutie et une précision sans failles ; si ça déborde trop d’un côté ou de l’autre, c’est raté, et de Martino s’égare souvent. Trop «absurdiser l’absurde» fait qu’on s’y perd et gâche beaucoup l’effet souhaité. Doit-on, en fait, rire parce que ce n’est pas drôle? C’est bien beau varier les tons, mais encore faut-il que tout le monde comprenne de quoi il est question! Brouillon manque de clarté et, si c’est là le concept voulu, pitié, ne demandez pas un sou aux spectateurs pour, au final, ne leur offrir que cela.

Pourtant, de Martino commence à avoir du métier derrière la cravate. Il a été sacré Révélation du ComédiHa! Fest de Québec en 2015, et a remporté En route vers mon premier Gala Juste pour rire en 2011. On s’attendait bien humblement à plus et à mieux de Brouillon.

On espérait que le segment où il parle de son fils élèverait un tant soit peu le niveau de la prestation, mais pas de chance. Yannick de Martino a continué de cabotiner sans grande cohérence, sans grande conviction et sans grand intérêt de notre part.

Or, réjouissons-nous pour lui, l’assistance l’a gratifié d’une généreuse ovation debout, samedi. Un homme lui a même lancé haut et fort que son spectacle était très bon. Comme quoi tous les goûts sont dans la nature.

Yannick de Martino présente encore Brouillon à la Salle Claude-Léveillée de la Place des Arts les 17, 19, 20 et 23 juillet, dans le cadre de la série Mad in Québec du Festival Juste pour rire.

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