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14/07/2016 06:10 EDT | Actualisé 15/07/2017 01:12 EDT

Sarcasmes et critiques après la nomination de Boris Johnson au Foreign Office

La nomination surprise du chantre du Brexit Boris Johnson comme chef de la diplomatie britannique suscite sarcasmes et critiques en Europe, où son homologue français a rappelé que l'ancien maire de Londres avait "beaucoup menti" par le passé.

Les quelques réactions officielles en provenance des chancelleries se sont bornées jeudi le plus souvent à un accueil poli et convenu, après la désignation la veille de "BoJo" au Foreign Office, avec toutefois de sérieux bémols en France et en Allemagne.

"Je n'ai pas du tout d'inquiétude (...), mais vous savez bien quel est son style, sa méthode", a réagi le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, en accusant Boris Johnson d'avoir "beaucoup menti" durant la campagne référendaire sur le Brexit. Il a souhaité un partenaire "clair, crédible et fiable".

Et son homologue allemand, le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier, a implicitement accusé mercredi soir l'ancien maire de Londres de s'être comporté de manière irresponsable après le vote en faveur du Brexit.

"Des responsables politiques ont attiré le pays vers le Brexit pour ensuite, une fois que la décision avait été prise, déguerpir, ne pas prendre leurs responsabilités et au lieu de cela aller jouer au cricket. Franchement, je trouve cela scandaleux", a-t-il dit lors d'une intervention dans une université à Greifswald, selon l'agence de presse DPA. Boris Johnson avait créé la stupéfaction peu après le vote en allant jouer au cricket plutôt que de dévoiler ses intentions.

Même si ces propos ont été tenus peu avant la nomination de Boris Johnson, ils en disent long sur les sentiments profonds du chef de la diplomatie allemande.

- "Humour britannique" -

John Kerry s'est entretenu jeudi au téléphone avec son nouvel homologue britannique pour affirmer que la relation entre les deux pays restait "essentielle" mais aussi pour appeler à une "approche délicate et mesurée du processus du Brexit", dont Boris Johnson a été l'un des principaux promoteurs en accusant l'UE, a indiqué le porte-parole du secrétaire d'Etat américain, John Kirby.

Beaucoup moins contraint pas la réserve diplomatique, le président du Parlement européen, le social-démocrate Martin Schulz, a lui, dit redouter un "cercle vicieux dangereux" pour l'Europe.

Boris Johnson, qui doit rencontrer ses collègues européens pour la première fois lundi à Bruxelles, ne pilotera toutefois pas les négociations avec l'UE, un rôle qui incombera à l'ancien secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, David Davis, 67 ans.

La presse européenne et certains responsables politiques européens s'en donnent néanmoins à coeur joie dans l'ironie et les piques au sujet de l'ancien et fantasque maire de Londres.

"Cela ne m'étonnerait pas si la Grande-Bretagne nommait bientôt Dracula au ministre de la Santé", a lancé l'un des spécialistes des questions diplomatiques au parti-social démocrate allemand, Rolf Mützenich.

"L'humour britannique est vraiment sans limite", lui a fait écho l'ancien Premier ministre belge et chef de file des Libéraux au Parlement européen, Guy Verhofstadt.

"Tout à coup, diplomate", titre sur son site internet l'influent hebdomadaire allemand Der Spiegel, qui parle d'un "+House of Cards+ en Grande-Bretagne", référence à la série télévisée américaine sur les coulisses de la politique.

- "Infirmière sadique" -

"La première surprise de May : Johnson aux Affaires étrangères", titre le quotidien belge Le Soir, tandis que le journal d'opposition polonais (centriste, pro-européen) Gazeta Wyborcza juge qu'il "ne semble pas qualifié pour ce poste".

"Coup d'éclat", "blague", tels sont les termes employés par le quotidien conservateur Die Welt, qui rappelle que Boris Johnson a qualifié la candidate démocrate à la Maison Blanche Hilary Clinton "d'infirmière sadique" et a comparé l'UE à Hitler.

En Suède, l'ancien ministre des Affaires étrangères Carl Bildt, a tweeté qu'il "aurait préféré que ce soit une blague, mais ce n'en est pas une".

Et en Russie, le président de la commission des Affaires étrangères à la chambre basse du Parlement, Alexeï Pouchkov, a exprimé l'espoir que Boris Johnson "ne souffre pas des mêmes complexes antirusses que son prédécesseur".

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