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14/07/2016 16:27 EDT | Actualisé 15/07/2017 01:12 EDT

Kerry à Moscou pour proposer à Poutine une coopération militaire plus étroite en Syrie

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a rencontré jeudi soir à Moscou Vladimir Poutine pour lui offrir une coopération militaire plus étroite en Syrie et relancer le processus de paix dans ce pays.

D'après un document du gouvernement américain révélé par le Washington Post, M. Kerry devait proposer aux Russes d'unir leurs efforts pour lutter ensemble contre le groupe Etat islamique (EI) et le Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda.

En échange, Moscou devra limiter ses frappes aériennes à des cibles choisies avec les Etats-Unis et le régime syrien devra cesser de bombarder les rebelles modérés.

MM. Kerry et Poutine se sont entretenus à huis clos pendant trois heures. M. Kerry "a fait part de son inquiétude quant aux violations répétées du cessez-le-feu par le régime syrien", a rapporté son porte-parole, John Kirby.

Les deux responsables "ont également parlé de la nécessité d'augmenter la pression sur les groupes terroristes tels que Daech (acronyme arabe de l'EI, ndlr) et la branche d'Al-Qaïda en Syrie, Al-Nosra", a-t-il ajouté.

En revanche, rien n'a filtré de la proposition américaine au début de la rencontre. La Russie et les Etats-Unis "aspirent vraiment et sincèrement non seulement à coopérer (...), mais aussi à obtenir des résultats", a déclaré Vladimir Poutine en prélude.

Le chef de l'Etat russe a dit espérer qu'à l'issue de leurs entretiens, John Kerry pourrait informer Barack Obama qu'ils ont "avancé dans les discussions et dans le règlement des questions pour lesquelles nous nous sommes réunis".

"Espérons que nous serons capables de faire quelques véritables progrès qui seront mesurables et applicables et qui pourront faire une différence dans le cours des événements en Syrie", lui a répondu M. Kerry.

Pour un haut responsable du département d'Etat, le plan de Washington pourrait permettre de résoudre deux des problèmes qui, selon lui, entravent un règlement en Syrie : le non-respect de la trêve par le régime de Bachar al-Assad et la montée en puissance d'Al-Nosra.

"Nous avons besoin d'une solution à ces deux problèmes", a-t-il déclaré, soulignant qu'en cas d'échec des discussions entre MM. Kerry et Poutine, Washington devra opter pour une approche "très différente". Les Etats-Unis n'ont "pas une patience infinie", a-t-il prévenu.

- Changement de stratégie -

Avant la rencontre, le Kremlin n'avait pas souhaité commenter les informations de la presse américaine mais avait pris soin de rappeler que Vladimir Poutine souhaitait de longue date que "la lutte contre le terrorisme en Syrie et dans les Etats voisins" se fasse "en commun".

Si la proposition américaine était adoptée par Moscou, elle constituerait un tournant majeur dans la stratégie des Etats-Unis en Syrie puisqu'elle serait synonyme d'un rapprochement de facto avec le régime du président Assad.

Le chef de la diplomatie saoudienne Adel al-Jubeir a rappelé jeudi que Washington et Moscou devaient avant tout travailler à arriver à une "nouvelle Syrie sans Bachar al-Assad".

Or, le sort du président syrien reste la principale pierre d'achoppement dans les différents cycles de pourparlers organisés jusqu'à présent sous l'égide de l'ONU à Genève.

Dans une interview diffusée jeudi matin par la chaîne de télévision américaine NBC News, M. Assad a affirmé que les Russes "n'ont jamais dit un mot" concernant son départ du pouvoir et a assuré ne pas nourrir d'inquiétudes quant à la possibilité que Russes et Américains décident un jour de son sort.

- QG commun à Amman -

Selon le Post, la proposition américaine consiste à établir un centre de commandement commun en Jordanie pour diriger une intense offensive aérienne contre les combattants de l'EI et d'Al-Nosra.

Exclus du cessez-le-feu convenu en février entre l'armée régulière et les opposants modérés sous le parrainage des Russes et des Américains, ils sont la cible de bombardements russes. Mais Washington accuse Moscou d'également viser au cours de ces raids aériens des rebelles modérés opposés au président Assad.

La Russie dément et exige que les Etats-Unis demandent aux rebelles de se retirer des lieux occupés par Al-Nosra et l'EI.

Sur le terrain, les combats faisaient toujours rage, notamment à Alep (nord), où au moins 12 civils ont été tués jeudi dans des attaques aériennes.

Pour sa part, l'armée russe n'a pas évoqué de frappes à Alep mais a annoncé avoir effectué depuis mardi plus de 50 raids aériens contre l'EI près de Palmyre (centre).

L'Etat islamique a annoncé jeudi soir avoir abattu un avion des forces du régime syrien et que son pilote était mort.

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