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14/07/2016 01:02 EDT | Actualisé 14/07/2017 01:12 EDT

Diviser les Américains pour devenir président

Barack Obama l'a dit de manière subtile lorsqu'il était à Dallas cette semaine. Le président parlait de ses concitoyens inquiets, qui se demandent si le ciel ne va pas bientôt leur tomber sur la tête. « Les gens se retranchent sur leurs positions », a-t-il lancé, « les politiciens calculent comment attirer l'attention. » Une demi-phrase, discrète. Un constat désolant pour plusieurs. Pour ceux qui espèrent mieux.

  Une analyse de Yanik Dumont Baron

C'est normal, les politiciens vont réagir et adapter leurs discours et leurs positions aux événements qui bousculent la vie. Les funérailles des policiers tombés à Dallas ont débuté. Les principaux candidats à la présidence ont choisi leur camp. Il y a le côté des policiers et celui des manifestants. Des camps bien établis depuis Ferguson. Et que Dallas ne semble pas avoir dérangé.

Comme c'est souvent le cas, Donald Trump est le moins discret. Ces jours-ci, il se présente comme le candidat de la « loi et l'ordre. » Il parle des policiers comme du seul rempart contre « la destruction totale et le chaos. » Sur le fond, le candidat républicain n'a pas tort : les policiers ont un rôle crucial à jouer pour qu'une démocratie roule rondement.

Les mots de Trump rappellent ceux de Richard Nixon en 1968. C'était l'époque des contestations raciales, des manifestations contre la guerre au Vietnam, des revendications féministes. Nixon se présentait comme le candidat de « la loi et l'ordre. » Plusieurs y ont vu un drapeau pour attirer ceux qui résistaient à ces changements. Parmi eux, il y avait beaucoup d'hommes blancs.

C'est justement un gros bassin d'électeurs sur lequel Trump mise pour déjouer les prédictions et déménager à la Maison-Blanche.

Sa rivale Hillary Clinton est plus subtile. Elle se dit préoccupée par les divisions qui « séparent les gens et retiennent notre nation ». Elle parle de « conversation qu'il faut avoir sur ce qui est brisé ». Mais entre les lignes, son discours délimite aussi bien son territoire que les mots de son adversaire républicain.

Hillary Clinton a pris le parti des manifestants, des minorités qui se disent ciblées injustement par les forces de l'ordre, les juges, mais aussi les employeurs et les banquiers. Depuis Dallas, elle répète que c'est aux Blancs de faire les premiers pas, de se mettre dans la peau de l'autre (l'allusion est un beau hasard).

Bien sûr, les tensions raciales ne s'effaceront pas tant que les Américains ne regarderont pas leurs préjugés en face. C'est un premier pas qui semble bien difficile à faire pour bien des gens. Surtout ceux qui bénéficient de l'ordre établi.

Mais Hillary Clinton ne dit pas grand-chose pour encourager ces premiers pas. Elle reconnait que les policiers ont parfois une tâche impossible, mais elle ne souligne pas les torts des manifestants. Elle ne dénonce pas les tentatives d'agression contre des policiers vues depuis l'attentat de Dallas.

Hillary Clinton fait beaucoup campagne contre Donald Trump ces temps-ci. Une tactique qui ne l'aide probablement pas à convaincre les réfractaires, ceux qui scandent « Blue Lives Matter » en réponse aux cris de « Black Lives Matter ».

En terminant son hommage aux policiers, Barack Obama a reconnu que ses talents oratoires ne suffiront pas. « J'ai vu », a-t-il expliqué, « combien inadéquats mes propres mots ont été » pour apporter des changements profonds.

Les politiciens qui souhaitent le remplacer utilisent aussi des mots. Des mots qui ne semblent pas non plus bien adéquats devant la taille du défi.