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13/07/2016 20:45 EDT | Actualisé 14/07/2017 01:12 EDT

Détenue en Inde à la demande du Chili, une Française crie à la "manipulation politique"

Ses traits sont fatigués, mais après 16 mois de détention à New Delhi, la Française Marie-Emmanuelle Verhoeven dénonce une "manipulation politique" après les accusations d'assassinat qui lui valent d'être réclamée par le Chili.

Mme Verhoeven, qui a quitté début juillet l'immense prison de Tihar dans la capitale indienne, raconte que sa première sortie dans la capitale indienne l'a laissée "étourdie" mais son ton est décidé.

Elle a été arrêtée le 16 février 2015 à la frontière entre le Népal et l'Inde - où elle suivait un pèlerinage bouddhiste - à la demande de la justice chilienne pour son implication présumée dans l'assassinat d'un sénateur chilien en 1991.

"Je pensais que ce serait une histoire de deux ou trois jours car j'avais tous mes papiers", dit-elle à l'AFP.

Elle n'obtiendra sa remise en liberté conditionnelle que 16 mois plus tard et reste dans l'attente d'une décision définitive de la justice indienne sur la requête chilienne. Au cours de sa détention, elle a observé une grève de la fin pendant 14 jours.

"C'était difficile. Il y a la privation de liberté, les conditions de vie qui pour nos standards sont très, très difficiles. Les conditions d'hébergement, les conditions d'hygiène, les conditions de nourriture", souligne-t-elle.

"Je suis fatiguée psychologiquement et physiquement. Mais je me sens beaucoup plus d'attaque parce que je n'ai plus les mains liées, je peux m'exprimer", ajoute Mme Verhoeven.

La Française, âgée de 56 ans, a vécu de 1985 à 1995 au Chili, en partie sous la dictature militaire d'Augusto Pinochet (1973-90).

La justice chilienne demande son extradition pour sa participation présumée à l'assassinat du sénateur de droite Jaime Guzman Errazuriz en avril 1991 par un groupe d'extrême gauche, le Frente Patriotico Manuel Rodriguez (FPMR).

- "C'est aberrant!" -

Le sénateur avait été abattu alors qu'il sortait de l'Université catholique du Chili. Il était considéré comme un des principaux inspirateurs de la dictature de Pinochet.

"J'étais quelqu'un de gauche, d'engagé, j'étais contre la dictature, je suis descendue dans la rue, quand on pouvait aider des gens on l'a fait (...) Mais je n'ai absolument rien à voir avec l'affaire Guzman", s'exclame-t-elle.

Elle explique s'être installée au Chili parce que son compagnon d'alors était chilien et qu'elle voulait "comprendre ce genre de situation".

"J'ai caché des gens, je ne savais pas qui c'était, cela durait une nuit et puis voilà. Mais je n'ai jamais fait partie de la direction du FPMR. Mes sensibilités étaient à gauche, on était en dictature, la dictature de Pinochet, ce n'était pas difficile de choisir son camp", explique la Française.

En 1994, peu après le retour de la démocratie, Mme Verhoeven est embauchée par l'administration pénitentiaire pour préparer le transfert des prisonniers politiques dans une prison de haute sécurité. C'est là qu'elle fait connaissance de deux membres d'une branche dissidente du FPMR incarcérés pour l'assassinat du sénateur.

"Ils me parlent, surtout de leurs conditions. Ils ont toujours dit que c'était eux, jamais dit que c'était d'autres. Le chef du commando a dit que c'était sa responsabilité", souligne t-elle.

Elle nie absolument avoir été "la commandante Ana", comme l'affirme un ancien policier. "Si j'avais été un grand commandant, qu'est-ce que j'aurais été faire à la prison pour travailler auprès des gens qui avaient assassiné? C'est aberrant!".

Pour la Française, ces poursuites s'expliquent par la volonté du parti ultra-conservateur Union démocratique indépendante (UDI), fondé par Guzman, de couvrir les exactions commises pendant la dictature.

"Ce sont des fausses accusations. le dossier est rouvert en 2010 avec l'arrivée au pouvoir de Sebastian Pinera, de l'UDI. C'est une manipulation politique totale", dit-elle.

"Ce qu'ils veulent c'est dire que tous les gens qui ont lutté contre la dictature étaient des grands terroristes", ajoute-t-elle. "Mais ce n'est pas ça l'histoire. L'histoire c'est que de 1973 jusqu'à 1991 (..) on vivait sous terrorisme d'Etat".

Interrogée par l'AFP, l'ambassade du Chili en Inde s'est refusée à tout commentaire.

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