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Visite exclusive de la centrale nucléaire Gentilly-2

Pour la première fois depuis la fermeture en 2012, un média a eu accès à la seule centrale nucléaire québécoise et première centrale nucléaire canadienne à être complètement démantelée d'ici 2062. Voici l'avancement du déclassement de Gentilly-2.

Un texte de Maude Montembeault

Dans la salle des commandes de Gentilly-2, d'où sont contrôlés pratiquement tous les équipements, on pourrait entendre une mouche voler. Il n'y a plus de travailleurs les soirs et les fins de semaine.

Le système a été automatisé depuis novembre 2015. En cas de problème, une alerte sera lancée et des experts seront mobilisés en quelques heures. À l'image du reste de l'usine, une grande partie des boutons de commande ne fonctionnent plus.

L'étape de dormance de la centrale est commencée depuis 2014. Le cœur du réacteur a été déchargé. Le combustible a été placé dans une immense piscine; dans un état de stockage sûr. La prochaine étape : le stockage sûr à sec.

C'est à l'extérieur de la centrale qu'il y a le plus d'action. Une vingtaine de travailleurs locaux s'affairent depuis le printemps à construire deux imposants modules Canstor dans lesquels sera entreposé le combustible irradié.

Une fois cette étape terminée, l'état de stockage sûr à sec sera assuré. Au terme de ces travaux, cet automne, on comptera un total de 11 modules Canstor sur le site de la centrale nucléaire.

Le nombre de travailleurs dans la centrale est passé de 736 en 2012 à 75 aujourd'hui. La grande majorité d'entre eux a conservé un emploi chez Hydro-Québec. On compte des mécaniciens, électriciens, techniciens de laboratoire, techniciens en chimie, en environnement et en génie civil. Quelques ingénieurs y travaillent aussi.

Un déclassement accéléré coûterait 130 M$ supplémentaires

Un an après la fermeture, la commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles s'est penchée sur les impacts liés au déclassement de Gentilly-2. Les députés participant à la commission ont alors formulé huit recommandations, dont une touchant la stratégie de déclassement.

Le directeur des installations de la centrale, Donald Olivier, confirme qu'Hydro-Québec a mené une étude économique quant à cette éventualité. L'étude a été soumise à la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) et concluait qu'un déclassement accéléré coûterait 130 millions de dollars. Il a été impossible d'obtenir une copie de l'étude.

Absence de consultation

Hydro-Québec confirme que l'étude n'a jamais été soumise au gouvernement à des fins d'analyse.

Des voix s'élèvent cependant pour dénoncer le fait que les élus n'aient pas été consultés ni même informés de l'existence d'une telle étude ainsi que de ses conclusions.

« Nous, on demande que les études soient publiées sur le déclassement accéléré pour que le public [puisse] examiner ses déclarations », indique Shawn-Patrick Stensil, responsable de la campagne nucléaire pour Greenpeace.

Quel plan pour les autres déchets radioactifs?

Des groupes environnementaux, dont Greenpeace, s'inquiètent aussi de l'absence de stratégie pour gérer les déchets radioactifs autres que le combustible irradié. Hydro-Québec soutient être en discussion avec d'autres partenaires à ce chapitre dans le but de trouver un site d'enfouissement commun.

La société d'État assure aussi que les coûts liés à la gestion à long terme de ces déchets sont prévus dans les 1,8 milliard de dollars budgétés pour l'ensemble du déclassement.

« On est allé avec des prix par volume en fonction des paramètres qu'on avait à ce moment-là. On a quand même différents référentiels parce qu'on n'est pas les premiers à entreposer ça », affirme Donald Olivier.

Le directeur de Gentilly-2 ajoute qu'une mise à jour budgétaire sera effectuée en 2018 et que les dépenses pourraient changer, tout en assurant qu'il n'y a aucune indication en ce sens à l'heure actuelle.

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