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10/07/2016 10:08 EDT | Actualisé 11/07/2017 01:12 EDT

Le dopage se poursuit au Kenya malgré les assurances (médias)

Le dopage des athlètes se poursuit au Kenya malgré les assurances des autorités du pays qui ont pris des mesures récemment pour se conformer aux normes internationales, affirme samedi une enquête de la chaîne de télévision allemande ARD.

Dans ce documentaire diffusé samedi dans la soirée, mené le plus souvent en caméra cachée et en coopération avec l'hebdomadaire britannique The Sunday Times, ARD affirme avoir découvert des preuves de pratiques de dopage à l'EPO notamment dans le centre d'entraînement en haute altitude d'Iten sur les hauts plateaux du Kenya. Situé à 2.400 mètres d'altitude, il est très prisé des athlètes kenyans comme européens.

Les enquêtes ARD sur le dopage ont notamment contribué à la décision de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) de suspendre la Fédération russe jusqu'à nouvel ordre. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) rendra une décision le 22 juillet sur la présence de 68 athlètes russes aux jeux Olympiques de Rio en août.

La chaîne indique avoir introduit une personne se faisant passer pour un athlète européen dans le centre d'entraînement et montre des images de boîtes d'EPO à l'intérieur ainsi que des emballages vides et des seringues usagées dans une poubelle.

Le documentaire montre comment il est possible de se procurer de l'EPO dans des pharmacies des environs. Filmés à leur insu par un journaliste se faisant passer pour un athlète à la recherche de produits dopants, deux médecins kenyans proposent leurs services.

L'un d'eux dit avoir traité "plus de cinquante" athlètes à l'EPO notamment, dont trois Britanniques. Il dit pouvoir garantir une évolution "importante" des performances en "trois mois".

"Même s'ils te contrôlent, ils ne trouveront pas", affirme ce médecin, "c'est ce que prennent les athlètes de premier plan".

- 'Très choquants' -

Selon ARD, ce médecin, recontacté par la suite, a nié aider au dopage et affirmé avoir feint de pouvoir fournir des produits. Toutefois, il a été interpellé entre-temps par la police kenyane en compagnie de l'autre médecin filmé, selon ARD.

Une personne présentée comme l'entraîneur d'un champion olympique kényan confirme aussi dans le documentaire, visage caché, les pratiques dans son pays. "La plus grande partie de ces athlètes qui surgissent du néant sont dopés", explique-t-il.

Le responsable de l'Agence antidopage kenyane, Japhter Rugut, a qualifié les éléments de l'enquête d'ARD et du Sunday Times de "très choquants". "On voit que nous avons beaucoup de problèmes au niveau de la base et nous travaillons avec la police pour faire en sorte que tous ceux impliqués dans ces activités criminelles, sportifs comme médecins, répondent de leurs actes", dit-il à la chaîne allemande.

"Nous voulons aller à Rio avec une équipe propre", assure-t-il.

La directrice exécutive de l'Agence britannique antidopage (UKAD) Nicole Sapstead a elle indiqué dans un communiqué que les éléments de cette enquête "très inquiétante" étaient "traités avec la plus grande importance et sans attendre". "Deux membres de l'UKAD sont actuellement au Kenya pour enquêter", a-t-elle précisé.

De son côté, l'AMA a confirmé qu'elle allait "étudier toutes les preuves et prendre les mesures nécessaires", tout en mettant la pression sur les authorités kényanes.

"Cet article (du Sunday Times, NDLR) est l'un des nombreux écrits qui remettent en question la capacité du Kenya à lutter contre le dopage. Il suggère également qu'il existe une culture du dopage dans ce pays", explique Olivier Niggli, le DG de l'agence antidopage.

"Une fois que l'AMA aura eu l'occasion de passer en revue les preuves de l'UKAD, nous serons en meilleure position pour déterminer les actions à prendre", a-t-il ajouté. "Il y a, au moins, une indication que le gouvernement du Kenya doit rapidement trouver les moyens humains pour aider l'agence antidopage du Kenya (ADAK)."

Fin juin, une nouvelle loi antidopage est entrée en vigueur au Kenya, permettant de sanctionner les athlètes convaincus de dopage et les personnes ayant fourni ou administré des produits interdits.

Elle a été adoptée sur l'insistance de l'Agence mondiale antidopage (AMA), alors que la participation du Kenya aux prochains JO était menacée.

Une quarantaine d'athlètes kényans ont été impliqués dans des affaires de dopage au cours des trois dernières années.

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