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09/07/2016 02:00 EDT | Actualisé 10/07/2017 01:12 EDT

Les plaies américaines

Les Américains ne peuvent plus ignorer les slogans lancés dans les rues après la mort de Noirs aux mains de policiers. Finie l'époque où l'on pouvait faire comme si de rien n'était. Croire que le problème touchait un autre coin du pays, un autre quartier. Le cri de Black Lives Matter a déchiré Dallas. Et rouvert de vieilles plaies américaines.

  Un texte de Yanik Dumont Baron

C'est une longue semaine violente qui se termine. Une semaine de douleurs profondes, de pertes crève-cœur, selon les mots de Loretta Lynch, la procureure générale des États-Unis. Une semaine d'horreurs en crescendo, qui se termine par un examen de conscience forcé.

Barack Obama en avait glissé un mot jeudi, en parlant de la mort de Philando Castile et d'Alton Sterling. Le premier président noir plaidait pour que son peuple s'émeuve autant du sort des Noirs abattus que de celui des policiers qui ont peur, qui sont sur la ligne de front.

« Nous avons une histoire difficile », constatait Barack Obama « et nous n'avons pas passé au travers ». Il ne l'a pas dit, mais c'était clair : il parlait du racisme, de l'esclavage, de la ségrégation officieuse encore présente. C'est la plaie que les Américains tentent d'ignorer. Celle qui vient d'être rouverte.

Dans les heures après le choc de Dallas, le maire de la ville a eu le courage d'en parler. Mike Rawlings est blanc. Il blâme ses générations de leaders. « C'est notre faute, nous avons laissé la situation pourrir. Nous avons mené la jeune génération sur le sentier vicieux de la rhétorique et des gestes qui nous opposent les uns aux autres. »

Cette jeune génération, c'est celle qui a bloqué les rues de St. Paul et de Baton Rouge cette semaine. Celle que vous avez vue dans les rues de New York, de Chicago et d'Oakland avant. Celle qui a ébranlé Baltimore et Ferguson.

C'est une génération qui ne fait pas confiance aux policiers. Une génération à qui les parents ont appris à être plus que prudents en présence d'un uniforme. À se tenir droit, à être bien poli... et à s'attendre au pire.

Le président Obama a énuméré une série de statistiques pour chasser les doutes. Les jeunes Afro-Américains, surtout les hommes, sont jugés plus sévèrement par les policiers et les juges. Les données sont connues. Difficile de les ignorer après Dallas.

Difficile aussi d'ignorer la place des armes à feu dans ce grand pays. Il y a autant d'armes que de citoyens. Assez d'armes bien puissantes pour produire des carnages à répétition.

Vous vous rappelez de la tragédie d'Orlando et de ses 49 morts en quelques minutes? C'était il y a à peine un mois. On en parlait comme de la pire tuerie des États-Unis. On n'imaginait pas une suite à cette horreur.

Bien sûr, Dallas n'a pas effacé toutes les divisions, les méfiances et les préjugés. En veulent pour preuve ceux qui se sont réjouis de la mort des policiers. Et ceux qui ont accusé d'incitation au meurtre les dénonciateurs des abus policiers contre les Noirs et les Latinos.

Les cheveux bien gris après deux mandats à la tête de ce pays meurtri, Barack Obama ne s'attend pas à ce que toutes ces plaies américaines soient pansées prochainement.

Peut-être même pas du vivant de ses enfants, a-t-il avoué. Mais le président veut garder espoir. « On peut faire mieux. Les gens de bonne volonté peuvent faire mieux. »