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08/07/2016 20:45 EDT | Actualisé 09/07/2017 01:12 EDT

A bord de l'Eisenhower, la Russie n'est pour l'instant ni un obstacle ni un partenaire

Pour les commandants et pilotes américains engagés contre l'organisation Etat islamique (EI) depuis le porte-avions Eisenhower, la Russie n'est peut-être pas un obstacle mais elle est encore loin d'être un partenaire en Syrie.

Le Kremlin a annoncé mercredi que les président russe Vladimir Poutine et américain Barack Obama s'étaient déclarés prêts, lors d'une conversation téléphonique, à "intensifier" leur coordination militaire dans le pays.

Si telle est l'idée de M. Obama, "ce n'est pas à moi qu'il en a fait part", assure le capitaine Paul Spedero, commandant de l'Eisenhower, qui a pris en juin la relève du porte-avions Truman pour lancer des missions contre l'EI.

"Je n'ai personnellement pas eu la moindre interaction avec les Russes", ajoute-t-il.

"La coordination sur les cibles précises, la coordination opérationnelle, a lieu dans les états-majors à plus haut niveau", renchérit l'amiral Jesse Wilson, commandant du groupe aéronaval 10, dont l'Eisenhower est à la tête.

Sur le terrain, la cohabitation n'est pas toujours simple. Les Etats-Unis ont régulièrement accusé l'aviation russe de provocations à l'encontre de leurs forces armées, notamment de leurs navires de guerre.

Le 3 juillet, l'armée américaine a dénoncé "le manque de professionnalisme" d'une frégate russe, le Iaroslav Moudryï, qui s'est approchée trop près d'un croiseur du groupe aéronaval de l'Eisenhower en Méditerranée orientale.

- 'Eaux internationales' -

Deux semaines plus tôt, Russes et Américains s'étaient mutuellement accusés de manoeuvres dangereuses dans la même zone, quand le Iaroslav Moudryï s'était retrouvé trop près - à 70 mètres selon les Russes, à 290 mètres selon les Américains - d'un navire du groupe aéronaval du Truman.

"Nous sommes dans les eaux internationales, ils ont le droit d'être ici autant que nous", tempère l'amiral Wilson. Les protocoles destinés à garantir la sécurité sont respectés de part et d'autre, même si "de temps en temps", certains agissent de manière "non professionnelle".

"Nous l'avons constaté récemment, nous en avons fait part et cela ne s'est plus reproduit", ajoute-t-il. Après quatre semaines en Méditerranée, l'Eisenhower est de toute façon en route pour le Golfe persique.

La question se pose aussi pour les pilotes envoyés en mission contre l'EI en Syrie, où l'aviation russe est engagée en soutien aux forces du régime de Bachar al-Assad.

"Nos avions partagent très souvent le même espace aérien, alors nous faisons attention à nous coordonner. Cela fonctionne très bien. Nous pouvons repérer quand des avions russes sont en train d'opérer près de nous, et nous pouvons communiquer et éviter que nos actions entrent en conflit", explique l'amiral Wilson.

Quelques ponts plus bas, les pilotes se disent en effet très confiants.

"Nous avons des briefings et des rapports sur les opérations en cours, nous comprenons comment chacun fonctionne", explique le lieutenant Jason Simon, responsable des "Fighting Swordsmens", l'un des neuf escadrons embarqués.

"Nous n'avons pas à nous inquiéter d'éventuelles erreurs: nous ne nous voyons jamais et cela fonctionne très bien", ajoute-t-il.

Pour lui, les principaux risques liés à ces missions contre un ennemi qui ne dispose pas d'armement anti-aérien sophistiqué restent internes: l'incident mécanique majeur qui obligerait à s'éjecter en territoire particulièrement hostile... et l'appontage au retour, "l'une des choses les plus effrayantes", surtout quand il a lieu de nuit après 7 heures d'une mission éreintante.

Avec une douzaine de sorties par jour, principalement en Irak, le niveau d'intensité est revenu à ce qu'il était lors des campagnes de ces 15 dernières années en Afghanistan et en Irak, explique le capitaine Spedero.

Au sol, cette intensité associée à une meilleure organisation des forces irakiennes a fait reculer l'EI en Irak. Elle ne semble cependant pas encore porter ses fruits en Syrie, d'où la proposition d'une plus grande coordination avec la Russie.

Encore faudrait-il pour cela s'accorder sur les objectifs - quel visage pour la Syrie après le conflit - et sur les moyens, les Etats-Unis ayant régulièrement critiqué les bombardements russes et leur impact sur les populations civiles.

Les frappes américaines cherchent à "maintenir le chiffre des victimes civiles à zéro", martèle l'amiral Wilson, en insistant sur la communication avec les partenaires au sol et la précision des munitions utilisées, dans un conflit sans ligne de front précise.

Serait-il possible dans ces conditions de travailler avec une aviation russe qui s'est montrée nettement moins regardante ? "C'est plus haut que ça se décide", insiste l'amiral.

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