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06/07/2016 03:11 EDT | Actualisé 07/07/2017 01:12 EDT

Pistorius écope de six ans de prison pour meurtre

L'ancien champion paralympique Oscar Pistorius a réussi à amadouer la juge Thokozile Masipa lors de son procès en appel pour le meurtre de sa petite amie. Cette dernière a retenu plusieurs circonstances atténuantes pour lui imposer une peine de six ans de prison alors que la peine minimale dans une condamnation pour meurtre est normalement de 15 ans.

Croyant faire feu sur un intrus, Oscar Pistorius a tiré quatre balles à travers la porte de la salle de bain de son appartement de Pretoria dans la nuit du 13 au 14 février 2013. C'est toutefois sa copine, la mannequin Reeva Steenkamp, qu'il tue par accident, selon sa version des faits.

Une version qu'a retenue la juge Masipa, une deuxième fois, avant de le condamner à six ans de prison, une année de plus que lors de sa condamnation en première instance.

La Couronne réclamait, quant à elle, un minimum de 15 ans de prison en plaidant l'absence de remords de l'accusé.

La juge Masipa estime qu'une longue peine de prison n'était pas requise dans le dossier Pistorius, aujourd'hui âgé de 29 ans. « L'opinion publique peut être bruyante et tenace, mais elle n'a pas de rôle à jouer dans la décision de la cour, a déclaré la magistrate. Je suis d'avis qu'une longue peine de prison ne servira pas la justice. »

La défense n'a pas l'intention de contester le verdict ni la peine.

Pistorius devra ainsi purger entre la moitié et les deux tiers de sa peine avant d'être admissible à une demande de libération conditionnelle, selon son avocat Andrew Fawcett.

La Couronne n'a pas divulgué ses intentions quant à une éventuelle contestation de la décision de la juge Masipa.

« Un homme brisé »

Appelé à la barre au cours du procès en appel en juin dernier, un psychologue a décrit Pistorius comme un « homme brisé » souffrant d'un syndrome sévère de dépression.

« Il est vulnérable, en manque de confiance [...] Il a presque lâché prise, son mental semble brisé, et cliniquement son état a empiré », a déclaré l'expert en précisant que l'accusé cherchait désormais refuge dans sa foi chrétienne.

« On peut dire à coup sûr que sa chute a été terrible », ajoute le psychologue en faisant référence à son passé de sportif d'élite, adulé internationalement. Quelques jours plus tard, il déambule sur ses moignons devant la juge Masipa afin de démontrer sa vulnérabilité.

Les avocats de Pistorius plaident que son handicap et son état de stress mental lors du meurtre de sa copine devaient être considérés comme des circonstances atténuantes. Des arguments qu'a retenus la juge.

Bien qu'elle reconnaisse la souffrance de la famille Steenkamp, la juge Masipa soutient dans sa décision que « la vie de l'accusé ne sera également jamais plus la même ». Elle précise que c'est « un héros déchu » qui « ne pourra jamais être en paix ».

La famille de la victime, des organismes de défense des droits des femmes et des groupes de défense des droits de l'homme ont accusé la justice sud-africaine d'avoir accordé un traitement de faveur à Pistorius, un homme blanc, riche et célèbre, au détriment de la justice.

« D'abord cinq ans, maintenant six ans? C'est gênant pour le système judiciaire », a dit la porte-parole de la Ligue des femmes du Congrès national africain, Jacqueline Mofokeng,

Par ailleurs, un autre groupe de personnes brandissaient, devant le tribunal, des pancartes soutenant le champion déchu. « Rendez, je vous en prie, sa liberté à Oscar », disait l'une d'entre elles.

L'athlète handicapé

Le petit Oscar Pistorius est né en 1986 avec des pieds, mais sans péroné. Ses parents le font amputer, sous les genoux, à l'âge de 11 mois. Il grandit avec le désir d'être un enfant comme les autres, pratiquant le water-polo, le cricket et la boxe.

Il découvre l'athlétisme à 16 ans et se hisse parmi l'élite mondiale deux ans plus tard. Ses succès - on le surnomme « Blade Runner » en référence aux prothèses incurvées en carbone qui remplacent ses jambes - le poussent à tenter sa chance dans des compétitions régulières.

Le sextuple champion paralympique en athlétisme court ainsi le 400 m aux Jeux olympiques de Londres, en 2012, pour se propulser au sommet de sa gloire. Mais sept mois plus tard, la chute est aussi brutale que son ascension a été spectaculaire. Oscar Pistorius passe de héros à paria en l'espace de quatre coups de feu.