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06/07/2016 10:58 EDT | Actualisé 07/07/2017 01:12 EDT

La pilule abortive disponible au Canada, mais pas dans les pharmacies

Les médecins canadiens peuvent désormais prescrire le médicament d'avortement précoce Mifegymiso, mais la pilule abortive ne devrait pas être vendue en pharmacie avant l'automne. Seuls les médecins peuvent la fournir à leurs patientes pour le moment.  

L'an dernier, après un lent processus d'approbation, Santé Canada a accordé aux médecins le droit de prescrire dès le 1er juillet 2016 la pilule abortive plus communément connue sous le nom de RU-486.

D'après les informations obtenues par CBC, les médecins n'ont toujours pas reçu ce médicament. Ils s'inquiètent également des règles mises en place par Santé Canada, qui compliquent le processus de prescription, selon eux.

Selon ces règles de Santé Canada, les médecins sont tenus de suivre une formation en ligne sur le médicament; ils doivent également eux-mêmes fournir le médicament, alors que ce rôle incombe habituellement à la pharmacie.

Pour certains spécialistes en santé des femmes, ce processus est trop compliqué pour les médecins de famille des communautés rurales et reculées, qui n'ont pas forcément d'expérience en approvisionnement et en distribution pharmaceutique.

« La plupart des médecins de famille auxquels nous avons parlé ne disposent d'aucun mécanisme de vente de ce médicament à leurs patientes », explique la Dre Wendy Norman, de la Société des obstétriciens et des gynécologues du Canada.

Les médecins ne sont pas préparés

Pour la Dre Norman, seuls les médecins de famille des grandes villes ont l'expertise pour fournir le Mifegymiso, qui peut être utilisé pour interrompre une grossesse 49 jours après la conception.

« Pour toutes ces communautés où l'avortement est encore hors de portée et où les femmes doivent parcourir de grandes distances, quitter leur famille et leur travail, la situation ne changera probablement pas », explique Wendy Norman.

L'autre problème, c'est que certains ordres provinciaux de médecins et de chirurgiens n'autorisent pas les médecins à donner des médicaments. Donc les professionnels de ces provinces devront se munir d'une permission spéciale pour prescrire et fournir le Mifegymiso.

La Fédération des ordres des médecins du Canada (FOMC) a fait part de ces inquiétudes dans une lettre adressée à Santé Canada en mai.

« La délivrance du médicament par les médecins n'est pas une pratique normale (et constitue peut-être un conflit d'intérêts) et peut ajouter des obstacles à l'accès des patients [au médicament] », écrit la directrice de la FMOC, Fleur-Ange Lefebvre.

En réponse, le sous-ministre fédéral adjoint à la Santé, Anil Anora, a déclaré que « le règlement de Santé Canada s'est appuyé sur d'autres autorités qui ont mis en place des restrictions considérables, dont l'accès des patients au médicament directement auprès de leur médecin ».

La méthode de distribution susceptible de changer

La ministre de la Santé, Jane Philpott, a dit être au courant de ces inquiétudes. 

« Nous allons nous assurer que ce médicament est accessible. Mais, comme pour n'importe quel médicament, particulièrement les nouveaux, il est important que le médecin qui doit le prescrire possède les compétences nécessaires et soit bien informé de la nature du médicament, de ce à quoi il sert réellement, ainsi que des problèmes qu'il soulève », a-t-elle déclaré dans une entrevue accordée à CBC.

Jane Philpott a aussi annoncé que la méthode de distribution du médicament pourrait changer.

Le distributeur du Mifegymiso, Celopharma, n'a pas été en mesure d'expliquer à CBC pourquoi le médicament ne sera pas en vente avant novembre. 

« Celopharma travaille très fort avec les fournisseurs de partout au pays pour que les restrictions de la distribution de Mifegymiso soient levées au Canada », écrit la porte-parole de Celopharma, Paula Tenenbaum.

« Nous espérons que les discussions vont se poursuivre et que les dirigeants [en santé] continueront à faire pression sur le gouvernement pour que cela se fasse et que le Mifegymiso soit disponible dans les zones rurales qui en ont le plus besoin », ajoute la porte-parole.