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06/07/2016 06:05 EDT | Actualisé 07/07/2017 01:12 EDT

Kenya: un poste de police incendié après l'assassinat d'un avocat

Plusieurs centaines de personnes ont incendié mercredi un poste de police au sud de la capitale kényane Nairobi dans lequel travaillent quatre policiers soupçonnés d'avoir pris part à l'assassinat récent d'un avocat et de deux autres hommes, a-t-on appris de source policière.

"Dorénavant, ça (ce lieu, ndlr) devrait servir de monument en mémoire des personnes décédées", a déclaré à l'AFP un des manifestants, Andrew Musyoki, alors que l'incendie détruisait une partie du bâtiment sommaire, situé à environ 25 km au sud de la capitale kényane.

Quatre policiers stationnés dans ce poste de police ont été récemment arrêtés en lien avec les assassinats de l'avocat Willie Kimani, de son client Josephat Mwenda et de leur chauffeur de taxi Joseph Muiruri. Ces assassinats, précédés de torture, ont suscité une vive émotion dans le pays et conduit le barreau kényan à décréter une grève des prétoires d'une semaine.

Les trois victimes avaient disparu le 23 juin après une audience au tribunal de Makovo, dans la banlieue de Nairobi. Leurs corps mutilés avaient été retrouvés jeudi et vendredi dans la rivière Ol Donyo Sabuk, au sud-est de la capitale.

Les poignets de Me Kimani avaient été attachés, trois de ses doigts coupés et ses yeux énucléés, selon la presse kényane.

Le client du jeune avocat, un chauffeur de moto-taxi, accusait la police de l'avoir harcelé et intimidé afin qu'il abandonne une plainte contre un haut responsable des forces de l'ordre qui, disait-il, lui avait tiré dessus sans raison en avril 2015.

La police kényane est régulièrement accusée d'exécutions extrajudiciaires par les organisations de défense des droits de l'Homme kényanes et internationales.

L'incendie volontaire d'un poste de police est un événement rare au Kenya et, si tant est que c'est bien la colère qui animait les manifestants - essentiellement des chauffeurs de moto-taxis -, le sinistre a détruit un poste de police qui était considéré comme une scène de crime par la justice et pouvait contenir de précieux renseignements pour l'enquête sur les trois assassinats.

Selon plusieurs officiers proches de l'enquête interrogés sous couvert de l'anonymat, les trois hommes assassinés ont été détenus dans le poste de police incendié mercredi avant d'être tués, mais leur présence n'avait pas été consignée dans les registres, comme le requiert la procédure.

"Il n'y a pas de raisons à ce que la population se livre à la destruction d'un poste de police. De fait, ils sont en train de détruire des preuves. Nous les traiterons comme des criminels", a déclaré à la presse le chef adjoint de la police locale, Geoffrey Omoding.

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