NOUVELLES
06/07/2016 07:05 EDT | Actualisé 07/07/2017 01:12 EDT

Euro-2016/France - Deschamps, un défi à sa mesure

Secoué comme jamais durant la préparation par une cascade de forfaits et des accusations de racisme, ballotté par des adversaires modestes jusqu'en 8e de finale de l'Euro-2016, Didier Deschamps a résisté à tout pour s'offrir le droit de défier l'Allemagne, le plus gros challenge de sa carrière d'entraîneur.

Mercredi, à Marseille, le Bayonnais de 47 ans peut consolider sa propre légende en dominant les champions du monde en demi-finale.

Deux ans après la défaite en quart de finale du Mondial-2014 (1-0) face à la Mannschaft, l'ancien capitaine des Bleus champions du monde et d'Europe en 1998 et 2000 n'aborde pas ces retrouvailles dans des conditions optimales.

Le onze qu'il alignera au Vélodrome est très éloigné de celui qu'il avait en tête au printemps, avant d'être délesté de près de la moitié de ses titulaires, en raison de pépins physiques ou d'affaires extra-sportives.

Qu'à cela ne tienne: toujours obnubilé par le culte de la victoire, il ne veut pas penser à un nouveau revers contre Joachim Löw et sa bande, après avoir clamé haut et fort son ambition de brandir à domicile la Coupe Henri-Delaunay.

En atteignant les demi-finales, les Bleus ont déjà rempli la mission assignée par le président de la Fédération française, Noël Le Graët. Mais Deschamps a la haine de la défaite chevillée au corps et n'envisage pas de s'arrêter là.

Un succès contre l'Allemagne effacerait non seulement le traumatisme de Séville 82 mais permettrait au sélectionneur de perpétuer son propre mythe: celui d'un joueur puis d'un technicien suivi par une bonne étoile et qui finit par avoir gain de cause envers et contre tout.

- "On dit que Didier est très chanceux" -

"On dit que Didier est très chanceux, mais cela n'a rien à voir, ce sont les circonstances qui sont comme ça", nuance auprès de l'AFP Patrick Battiston, héros malheureux de Séville, sorti sur une civière.

Bonne étoile? La France n'a affronté que des équipes de second rang (Roumanie, Albanie, Suisse, Eire, Islande) dans cet Euro et l'Allemagne se présente amoindrie. Mais c'est oublier un printemps de cauchemar.

Plus d'un entraîneur aurait vacillé. Il y a eu le scandale du chantage à la sex-tape, qui a coûté sa sélection à Karim Benzema, mis en examen. Puis le contrôle positif de Mamadou Sakho avant une litanie de blessures (Varane, Diarra, Mathieu). Deschamps n'a pas dévié, le regard entièrement fixé vers l'objectif de son mandat débuté en 2012: le sacre européen à domicile.

Sa technique pour tenir bon: ne pas donner prise aux polémiques et ne jamais délivrer un message anxiogène. "Je ne veux pas rentrer dans ce débat. Je suis concentré sur la compétition", a-t-il ainsi lâché à l'AFP le 2 juin, juste après les déclarations incendiaires de Benzema, l'accusant d'avoir cédé à "la partie raciste de la France" en ne le retenant pas.

- "Entraîneur avant de l'être" -

A l'extérieur, Deschamps, adepte du "chambrage", donne toujours le change. Mais derrière cette carapace, l'homme a été meurtri, sa maison en Bretagne a même été taguée du mot "raciste".

"Comment voulez-vous qu'il ne soit pas touché? Pourquoi ne le dit-il pas? Par pudeur, peut-être", a admis son adjoint Guy Stéphan dans L'Equipe.

Marcher sur le fil du rasoir, l'ancien milieu de Marseille, avec qui il a remporté en 1993 la seule Ligue des champions d'un club français, s'y est habitué en quatre ans de présence aux commandes de la sélection. Nommé pour remettre de l'ordre dans la maison bleue après le séisme de Knysna au Mondial-2010 et ses répliques à l'Euro-2012, "DD" n'a pas avancé sur un tapis de roses, entre une qualification pour le Mondial-2014 arrachée au terme d'un barrage homérique face à l'Ukraine (0-2, 3-0) et une litanie d'affaires et de scandales.

Son caractère de compétiteur hérité de ses années italiennes (1994-1999 à la Juventus Turin), son aura, sur et en dehors du terrain, et sa complicité avec Noël Le Graët lui ont toutefois permis de tenir la distance. Sa cote de popularité reste très élevée, loin des sarcasmes subis par son mentor Aimé Jacquet avant le triomphe de 1998.

"Il a connu ces situations en tant que capitaine avec moi et je peux vous dire qu'il maîtrise parfaitement de l'intérieur. C'est un garçon qui était déjà entraîneur avant de l'être. Didier, il connaît tout", a confié Jacquet au site internet de la Fifa.

Son contrat court jusqu'au Mondial-2018. Sa soif de vaincre n'a pas de limite.

kn/nip/tba