NOUVELLES
06/07/2016 03:22 EDT | Actualisé 07/07/2017 01:12 EDT

Bataillons à l'Est, exercices et budgets: l'Otan montre ses muscles à la Russie

Bataillons à l'Est, exercices et budgets militaires en hausse: à Varsovie, les dirigeants de l'Otan vont compléter le renforcement de l'Alliance face à la Russie décidé après le début de la crise ukrainienne, sans précédent depuis la chute de l'Union soviétique.

L'annexion de la Crimée et l'offensive séparatiste pro-russe dans l'est de l'Ukraine au printemps 2014 ont sonné le glas d'une ère d'optimisme dans les relations entre la Russie et l'Alliance, qui a lancé une série de lourds chantiers pour consolider sa défense collective.

Lors de leur sommet vendredi et samedi à Varsovie, les 28 chefs d'Etat et de gouvernement alliés vont encore davantage muscler leur présence militaire à l'Est, et prendre certaines mesures qui ne manqueront pas de susciter l'ire de Moscou.

4 bataillons déployés à l'Est

C'est la mesure phare du sommet. Les Etats-Unis, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et le Canada vont former, avec d'autres pays de l'Otan, quatre bataillons (600 à mille soldats) qui seront déployés par rotations à partir de 2017 en Estonie, Lettonie, Lituanie et en Pologne. La présence de ces troupes internationales doit rassurer ces ex-pays soviétiques, inquiets de la crise ukrainienne et du potentiel militaire grandissant de la Russie à leurs frontières, en garantissant des renforts rapides de toute l'Alliance si une attaque devait avoir lieu.

Budgets de défense repartis à la hausse

Après des années de baisse des budgets de défense - les "dividendes de la paix" engrangés après la chute du Mur de Berlin - les Alliés ont promis lors de leur précédent sommet en 2014 de renverser cette tendance pour atteindre, en une décennie, un niveau de dépense annuel équivalent à 2% de leur Produit intérieur brut (PIB), dont au moins 20% pour des équipements majeurs et des technologies d'avenir.

Après une reprise très modeste en 2015, les budgets militaires des Alliés européens et du Canada devraient augmenter de 3% (soit 8 milliards de dollars de dépenses supplémentaires) en 2016, selon les dernières estimations de l'Otan. La Russie, malgré la crise, a elle sanctuarisé son budget militaire qui a augmenté d'année en année sur plus d'une décennie.

Réactivité des forces alliées

En 2014, surpris par l'annexion éclair de la Crimée, puis par le début de l'offensive dans l'est de l'Ukraine et par des exercices militaires russes mobilisant jusqu'à 15.000 hommes, les Alliés ont décidé de remettre leurs troupes en état d'alerte.

Depuis, la force de réaction de l'Otan (NRF) a plus que doublé, à 40.000 hommes, et une force "fer de lance" de 5.000 soldats, dont certaines composantes sont déployables en 48 heures en cas de crise, a été mise sur pied.

Six petites bases logistiques et deux QG régionaux ont été créés le long de la frontière orientale, et des équipements lourds prépositionnés dans la région. Là aussi, il s'agit de pouvoir agir vite, sans perdre de temps dans l'acheminement et la planification, en cas de crise.

Les autorités militaires ont élaboré des "plans de réponse graduée" très détaillés pour les trois pays baltes et la Pologne, incluant des scénarios d'agressions et identifiant les forces mobilisables pour y répondre.

Exercices

Avec quelque 240 exercices cette année organisés directement par l'Otan ou par des pays membres, les Alliés veulent montrer à la Russie leur détermination, l'agilité et l'interopérabilité de leurs troupes. Comme pour souligner le message, une cinquantaine d'exercices ont eu lieu au seul mois de juin, juste avant le sommet, dont les spectaculaires manoeuvres Anaconda en Pologne.

Juste après le début de la crise ukrainienne, pour rassurer les Alliés de l'Est, les pays de l'Otan ont aussi envoyé davantage d'avions de chasse pour aider les pays baltes à protéger leur frontières aériennes, et fait croiser leurs bâtiments de guerre dans la Baltique et en mer Noire.

Cyberdéfense et guerre hybride

Prenant conscience de l'émergence de "tactiques de guerre hybrides" comme celles qui ont permis à la Russie d'annexer la Crimée, alliant désinformation, menaces sur des infrastructures civiles et intervention à couvert de forces spéciales, l'Otan s'est rapprochée de l'UE pour renforcer sa défense. Elle va aussi mieux s'organiser pour parer les cyberattaques.

Bouclier antimissile

Vieux projet de l'Otan poussé par Washington, le bouclier antimissile en cours de déploiement en Europe est perçu à Moscou comme une menace directe. L'Alliance réfute, affirmant qu'il doit intercepter des missiles intercontinentaux seulement, tirés d'Iran ou de Corée du Nord par exemple.

Les Alliés devraient, au risque d'envenimer les relations avec Moscou, déclarer à Varsovie une "capacité initiale opérationnelle" pour ce système en Europe après l'inauguration en mai d'un site de missiles intercepteurs à Deveselu (Roumanie). Ces intercepteurs viennent compléter le déploiement d'un radar en Turquie et de quatre navires Aegis à Rota (Espagne).

axr/agr/ia