NOUVELLES
05/07/2016 23:43 EDT | Actualisé 06/07/2017 01:12 EDT

Bangladesh: le silence règne avant l'Aïd dans le quartier attaqué de Dacca

Un silence étrange règne dans les commerces et restaurants du quartier diplomatique de Dacca, grouillant habituellement d'habitants aisés de la capitale du Bangladesh, cinq jours après l'attaque jihadiste qui a fait 20 morts dans un café.

Nombre d'établissements sont fermés depuis la prise d'otages sanglante du Holey Artisan Bakery, et les habitants du quartier de Gulshan, très secoués, ne s'aventurent guère dehors.

"Le nombre de clients a baissé de façon spectaculaire, aussi la direction a pris la décision de fermer pour quelques temps", explique Abdul Mazid, un garde de Meraki, restaurant bien connu du quartier.

A l'approche de la fête de l'Aïd el-Fitr, qui marque la fin du ramadan, la foule envahit habituellement les magasins mais cette année le centre commercial DCC market de Gulshan est désert.

Les festivités, qui comment jeudi, devraient être discrètes et les fidèles devront venir sans sac pour la célébration au National Eidgah Maidan placé sous haute sécurité, en présence de personnalités.

Au moins cinq hommes ont pris d'assaut le Holey Artisan Bakery dans la nuit de vendredi à samedi, massacrant vingt otages, en majorité des Italiens et des Japonais.

Juste à côté du lieu du carnage, le restaurant thai Soi 71 et son voisin coréen Suraon, habituellement très animés même après minuit, sont également restés fermés mardi.

"Nous sommes habituellement un endroit couru, c'est dur de voir le calme qui s'est imposé en quelques jours", dit Mohammad Farhan, qui dirige le Butlers Chocolate Cafe, où les serveurs en sont réduits à attendre. "Tout a été bouleversé".

- 'Bombes mobiles' -

La Grande-Bretagne encourage ses ressortissants à éviter les lieux fréquentés par les étrangers tandis que le groupe japonais Uniqlo a demandé à ses employés de réduire leurs déplacements. La France a annulé sa réception pour la célébration du 14 juillet à Dacca.

Les habitants de la capitale essaient de se regrouper, craignant que cette attaque ne marque une montée de la violence au Bangladesh.

La vague de meurtres visant depuis trois ans intellectuels et membres de minorités religieuses est également imputée à des extrémistes islamistes mais l'attaque de vendredi, revendiquée par l'organisation Etat islamique, est d'une autre ampleur.

"Je ne cesse de réfléchir aux issues de secours de mon appartement et de ma résidence. Je suis trop effrayé pour rester plus longtemps dans ma ville", a écrit une chercheuse d'une université privée, Shahana Siddiqui, sur Facebook.

Le profil des jihadistes, des jeunes gens instruits issus de familles aisés, renforce les craintes de voir l'extrémisme islamiste devenir une mode qui ne soit plus confinée à une jeunesse désenchantée s'étant radicalisée en madrasa (école islamique).

"Les jeunes hommes dont on est sans nouvelle sont potentiellement des bombes mobiles. Ils peuvent frapper n'importe où et n'importe quand", a dit Mushtaq Ahmed, un entrepreneur, sur les réseaux sociaux.

Lors d'une cérémonie en souvenir des victimes dans un parc de Gulshan placé sous haute sécurité lundi, certains ont fait part de leurs craintes de nouvelles attaques.

"Ce que nous voyons aujourd'hui n'est que la partie émergée de l'iceberg. Ils sont venus pour tuer et propager leurs idées. Leur idéologie a fait sa place parmi nos enfants", dit Sakhawat Hossain, un analyste spécialisé en questions de sécurité.

sj-sa/ef/ia