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06/07/2016 15:53 EDT | Actualisé 07/07/2017 01:12 EDT

Autochtones: l'annonce d'Ottawa suscite autant de questions que de réponses

OTTAWA — Une nouvelle annonce du gouvernement fédéral de 382 millions $ dans la protection de la jeunesse au sein des Premières Nations suscite autant de questions que de réponses, affirment des militants et des leaders autochtones.

Tard mardi, des ministres fédéraux ont annoncé qu'Ottawa mettait en vigueur le principe de Jordan — du nom d'un enfant d'une Première Nation né avec un trouble neuromusculaire rare, aujourd'hui décédé — selon lequel les enfants des Premières Nations ne doivent pas être victimes des différends sur les dépenses entre les divers ordres de gouvernement.

Au Manitoba, la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, a annoncé que le gouvernement allait dépenser une somme additionnelle de 382 millions $ sur trois ans dans le cadre du programme pour les infrastructures sociales.

Cette annonce est survenue alors qu'Ottawa devait démontrer au Tribunal canadien des droits de la personne que le gouvernement ne fait pas preuve de discrimination envers les enfants des Premières Nations dans l'offre de services de protection de la jeunesse.

Mais les modalités ont pris par surprise des leaders autochtones, et ont laissé plusieurs intervenants dubitatifs. Cindy Blackstock, qui administre l'une des organisations ayant déposé la plainte initiale devant le Tribunal canadien des droits de la personne, a dit examiner l'annonce faite mardi, et la déclaration soumise mercredi au Tribunal.

Selon Mme Blackstock, de la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada, le gouvernement semble utiliser un processus de suivi déficient dans la mise en vigueur du principe de Jordan. Mme Blackstock a dit croire que la supervision serait faite par deux sous-ministres adjoints des ministères de la Santé et des Affaires autochtones, alors qu'un tel programme nécessiterait un «certain suivi indépendant».

«Ces deux ministères sont responsables de l'implantation et de la définition discriminatoires du principe de Jordan, alors il ne devrait pas revenir à eux seuls de superviser le processus», a-t-elle fait valoir en entrevue.

Aussi, certains intervenants, comme le chef régional en Ontario Isadore Day, craignent qu'il ne s'agisse que de dépenses en santé, alors que le Tribunal a montré qu'il y avait des inégalités «dans tous les services sociaux» entre les enfants autochtones et non autochtones. Les besoins en éducation sont également criants, ont fait valoir des intervenants.

Dans la déclaration du gouvernement devant le Tribunal, mercredi, le ministère des Affaires autochtones a affirmé avoir commencé à travailler avec les agences de protection de la jeunesse des Premières Nations pour réformer les programmes et éliminer toute forme de discrimination dans l'offre de services.