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02/07/2016 04:35 EDT | Actualisé 03/07/2017 01:12 EDT

Tour de France - Bonnet: une marge de plus

Le Tour 2015 lui a laissé une plaque à vie dans les cervicales et des cicatrices. Victime d'une chute spectaculaire, le Français William Bonnet (FDJ) prend "peut-être un peu plus de marge" depuis son grave accident, "mais quand tu es dedans, tu n'y penses plus."

Il y a un an, le 6 juillet, lors de la 3e étape entre Anvers et Huy, en Belgique, sur une longue ligne droite, Bonnet, au milieu du peloton lancé à pleine vitesse, accroche la roue arrière du coureur placé devant lui et glisse. C'est une hécatombe: une douzaine d'hommes finissent à terre. Les images de Bonnet défiguré, le visage tuméfié et les jambes en sang, marquent durablement ce Tour.

Traumatisme crânien et vertèbre cervicale fracturée, il se rétablit en quatre mois pour retrouver la compétition le 17 février, au départ du Tour de l'Algarve.

"Je n'ai plus rien, tout va bien. Je n'y repense pas souvent." Plus rien, pour Bonnet, ce sont "une plaque à vie dans les cervicales, des cicatrices de l'opération, des marques de brûlure".

Pas grand-chose, peut-être, comparé aux chocs avec des motos qui ont coûté la vie au Belge Antoine Demoitié, fin mars sur Gand-Wevelgem, et laissé son compatriote Stig Broeckx, fauché sur le Tour de Belgique fin mai, dans le coma.

Des drames venus endeuiller de manière trop répétée ces derniers mois le cyclisme professionnel, qui peine à trouver des solutions pour assurer plus de sécurité aux coureurs.

- 'Redevenu un coureur normal' -

"Tout est dangereux, il y a de plus en plus d'îlots sur les routes", estime le Français Christophe Laporte (Cofidis). "Toutes les équipes veulent être devant dans un final pour ne pas se faire piéger. Il n'y a pas la place pour 20 équipes en tête de peloton, donc ça frotte et c'est ça qui fait les chutes."

Bonnet, 34 ans, est l'un des plus expérimentés du peloton, vainqueur d'une étape sur Paris-Nice (2010). Si le traumatisme est derrière lui, il y a évidemment un avant et un après. "Cela n'a pas forcément changé ma façon de courir, mais je prends peut-être un peu plus de marge par rapport à ceux qui me précèdent."

"Les premières courses (après son retour, ndlr), j'étais en retrait du peloton, je traînais derrière, je me mettais un peu plus en sécurité, mais quand tu es dedans, tu n'y penses plus. Quand tu es dans l'effort, tu t'oublies."

Le regard des autres sur lui n'a pas changé non plus. "Certains sont venus me voir. Depuis, je suis redevenu un coureur normal."

La fatalité l'emporte dans le peloton. "Les accidents, ça arrive. Personne n'est à l'abri. Même dans les meilleures dispositions, même derrière, on peut tomber", relativise Bonnet.

- 'Anticiper' -

Logiquement, le sujet est assez tabou parmi les intéressés, puisqu'il peut faire douter à des moments cruciaux. "Les accidents, on n'a pas envie d'en parler", reconnaît-il.

Les coureurs se côtoient toute l'année et savent qui est potentiellement accidentogène. "Tout le monde ne prévient pas des dangers. A force d'être dans le peloton, on sait comment chacun agit."

"C'est à celui qui freinera le dernier", déplore le coéquipier de Thibaut Pinot. Son vécu ne sera pas de trop pour protéger son leader, sur qui reposent une grande partie des espoirs français pour le classement général.

"Plus tu es devant, plus tu peux anticiper, conclut Bonnet. Tu fais des petits gestes de la main pour dire que ça va serrer. C'est là que sert l'expérience".

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