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01/07/2016 20:20 EDT | Actualisé 02/07/2017 01:12 EDT

Les Australiens votent à l'occasion d'un scrutin très serré

Les Australiens votaient samedi pour trancher entre la coalition conservatrice au pouvoir et l'opposition travailliste, un scrutin législatif à l'issue serrée dans cet immense pays qui a changé cinq fois de Premier ministre en cinq ans.

Les derniers sondages donnaient un tout petit avantage au chef du gouvernement Malcolm Turnbull, 61 ans, face au chef de l'opposition, l'ancien leader syndical Bill Shorten, 49 ans, mais le suspense restait entier.

Après une campagne insipide, le choc provoqué par la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne pourrait bénéficier au sortant, qui joue la carte de la stabilité économique alors que les principaux médias australiens se sont rangés sous sa bannière.

M. Turnbull ambitionne de légitimer le "putsch" interne à son Parti libéral - principale formation de la coalition sortante - qui lui avait permis d'évincer en septembre Tony Abbott, dont il était ministre.

Quelque 15,6 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour désigner 150 membres de la Chambre des représentants et 76 sénateurs. La plupart des bureaux fermeront à 08h00 GMT, les autres deux heures plus tard, le vote étant obligatoire en Australie.

Selon un sondage publié par The Australian, la coalition conservatrice recueillerait 50,5% des votes contre 49,5%. Un sondage du Sydney Morning Herald donnait les deux camps à égalité.

M. Turnbull, un ancien banquier d'affaires multimillionnaire, a ces derniers jours martelé l'impératif de maintenir le cap face aux craintes des répercussions économiques mondiales du Brexit.

"Nous devons résister, nous devons avoir un plan qui réponde aux nécessités de l'époque, une époque de défis et d'opportunités", a souligné celui qui fut également journaliste et avocat.

- L'inconnue du vote minoritaire -

Depuis l'arrivée du travailliste Kevin Rudd en 2007 à la tête du gouvernement, après une décennie de "règne" du libéral John Howard, la politique australienne a été particulièrement mouvementée.

Kevin Rudd a été renversé par la travailliste Julia Gillard en 2010 avant de reprendre le pouvoir en 2013, et de le céder à nouveau quelques mois plus tard lors des législatives à Tony Abbott, lui-même renversé en septembre par M. Turnbull.

Le prochain scrutin devait intervenir avant janvier 2017. Malcolm Turnbull a choisi de l'avancer pour asseoir sa majorité au Sénat.

L'équilibre du pouvoir à la chambre haute dépend actuellement d'élus indépendants ou issus de partis minoritaires, qui ont bloqué certains de ses projets de réforme.

M. Turnbull pourrait bien regretter sa décision, car certains sondages laissent penser que le nombre d'indépendants ou de minoritaires, comme les Verts, pourrait augmenter du fait d'une lassitude grandissante face à l'éternelle alternance entre libéraux et travaillistes.

Résultat, le scrutin pourrait se terminer sans majorité claire, y compris à la chambre basse.

Pour l'emporter, le camp travailliste doit y gagner au moins 19 sièges tandis que les conservateurs peuvent se permettre de perdre 13 sièges.

Les travaillistes ont mené une campagne classique, promettant des investissements dans la santé et l'éducation, davantage de justice fiscale et le développement des énergies renouvelables.

- Expertise et climat -

"Ce qui va trancher cette élection ce sont les intérêts des classes ouvrière et moyenne", a déclaré Bill Shorten, dans une ultime tentative pour gagner des électeurs.

Malcolm Turnbull a fait campagne sur l'expertise économique de son équipe, au moment où l'Australie, qui n'a pas connu de récession depuis 25 ans, négocie la fin de l'âge d'or minier.

Il a promis des réductions d'impôts pour les particuliers et les entreprises, et défendu sa politique migratoire très controversée.

L'Australie repousse systématiquement les bateaux de clandestins l'approchant. Ceux qui arrivent à débarquer sont détenus dans des camps offshore sans aucun espoir d'obtenir l'asile sur le sol australien.

Fustigée par les organisations de défense des droits de l'Homme, cette politique présentée par Canberra comme nécessaire pour dissuader les réfugiés d'entamer de périlleuses traversées ne devrait pas évoluer en cas de victoire travailliste.

Autre question fondamentale, le réchauffement climatique, illustré cette année par le pire épisode de blanchissement de corail sur l'emblématique Grande Barrière.

On disait M. Turnbull plus sensible aux sujets environnementaux que son prédécesseur. Mais il n'a pas varié d'un iota sur la politique des conservateurs en la matière, confirmant des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui sont, de l'aveu même de l'organe consultatif australien sur le climat, largement insuffisants.

Les travaillistes n'envisagent pas de "sortir du charbon". Mais Bill Shorten propose un objectif de réduction des émissions de 45% (par rapport à 2005) d'ici 2030. Malcolm Turnbull vise 26%.

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