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02/07/2016 17:03 EDT | Actualisé 03/07/2017 01:12 EDT

L'écrivain Elie Wiesel, survivant de la Shoah, s'est éteint à l'âge de 87 ans

NEW YORK — L'écrivain Elie Wiesel, prix Nobel de la paix dont le roman «La Nuit» est l'un des plus émouvants témoignages sur l'enfer des camps d'extermination nazis auxquels il a survécu, s'est éteint à l'âge de 87 ans.

Son décès a été annoncé samedi par le mémorial Yad Vashem de Jérusalem, un lieu qui commémore les victimes de la Shoah.

L'écrivain, dont le visage rappelait les souffrances qu'il avait dû affronter, avait fort bien résumé sa mission en acceptant le prix Nobel en 1986: «Chaque fois qu'un être humain souffre et est humilié, nous devons prendre parti. La neutralité aide l'oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté.»

Pendant plus d'un demi-siècle, Elie Wiesel a livré son message passionné aux leaders politiques, aux personnalités et aux gens ordinaires au nom des victimes de l'oppression et de la violence. Il a publié des dizaines de livres mais son plus célèbre est sans nul doute «La Nuit», un roman sur la Shoah aussi célèbre que «Le Journal d'Anne Frank».

«La Nuit» fut son coup d'essai. Sa publication a franchi l'épreuve du temps et des frontières. Au milieu des années 1950, le récit comptait 800 pages en yiddish. Il a été réduit à 300 pages pour une parution en Argentine. Le marché français a accueilli une version de 200 pages. Le livre a été publié aux États-Unis en 1960 et n'avait qu'une centaine de pages.

«"La Nuit" est le compte-rendu le plus dévastateur sur la Shoah que j'aie jamais lu», a écrit Ruth Franklin, une critique littéraire et auteure de «A Thousand Darknesses: Lies and Truth in Holocaust Fiction», une revue de la littérature de la Shoah publiée en 2010.

«Il n'y a pas d'épiphanie dans "La Nuit". Il n'y a pas un détail de trop, il n'y a pas d'analyse ou de spéculation. Ce n'est qu'un récit: le compte-rendu d'Eliezer sur ce qui s'est déroulé». 

Elie Wiesel a commencé à écrire ce récit à peine une décennie après la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que les mémoires étaient encore trop vives pour plusieurs survivants des camps. «Le Journal d'Anne Frank» a été un succès inattendu, le livre ayant été publié après la mort de la jeune auteure. De plus, Anne Frank n'a pu raconter ce qui lui était arrivé après avoir été capturée par les nazis. Le livre d'Elie Wiesel figure parmi les premiers récits d'un témoin de l'horreur.

L'auteur n'a jamais tu ses convictions. Il a écrit pas moins de 40 livres, des récits de fiction ou des essais. Il a aussi publié deux suites à «La Nuit»: «L'Aube» et «Le Jour».

Né dans la ville de Sight, en Roumanie, l'adolescent a été déporté de la Hongrie vers Auschwitz. Transféré au camp de Buchewald, le détenu A-7713, comme cela était tatoué sur sa peau, a finalement été libéré en 1945. Il était alors dans le deuil de sa mère, de son père et d'une de ses soeurs. Deux autres soeurs ont aussi survécu au régime nazi.

Elie Wiesel a vécu quelques années dans un orphelinat français avant d'arriver à Paris. Il a étudié la littérature et la philosophie à la Sorbonne avant de devenir journaliste, écrivant dans le journal français «L'Arche» et le quotidien israélien «Yediot Ahronot». L'écrivain français François Mauriac l'a encouragé à raconter son expérience des camps.

Après avoir été renversé par une automobile, Elie Wiesel s'est installé à New York en 1956. Ses rencontres avec des survivants de la Shoah ont aussi incité l'auteur à raconter leur histoire.

En 1978, le président Jimmy Carter l'a nommé à la tête de la Commission de la Shoah. Il a alors lancé un grand projet: la construction d'un mémorial américain pour les victimes de la Shoah.

Décoré de la médaille du Congrès des mains de Ronald Reagan, il n'avait pas hésité à dénoncer les intentions du président américain d'aller visiter un cimetière de soldats de la S.S. en Allemagne.

Tout au long de sa vie, il a défendu les victimes des oppresseurs: les Juifs de l'ex-URSS, les Kurdes, les réfugiés cambodgiens, les victimes des famines en Afrique.

En 1988, il a fondé la Fondation Elie Wiesel pour l'humanité.

La plus grande déception de sa vie, a-t-il avoué un jour, était que «rien ne changeait».

«La nature humaine est demeurée telle qu'elle était. La société est demeurée telle qu'elle était. Il y a trop d'indifférence en ce monde envers l'Autre, ses souffrances, ses angoisses et ses espoirs.»