NOUVELLES
02/07/2016 10:46 EDT | Actualisé 03/07/2017 01:12 EDT

"Je suis bisexuel", nouveau cri de ralliement à la Gay pride de Madrid

"Je suis bisexuel, bisexuel, bisexuel" : ce chant a résonné à la Gay pride qui s'achève dimanche à Madrid où de plus en plus de jeunes assument d'être attirés par les garçons comme par les filles.

"Ce n'est pas parce que j'aime les deux que je suis vicieuse". Maria, Espagnole de 22 ans, vient d'embrasser Elena, 21 ans, son "amoureuse depuis cinq mois", sur une place bondée de fêtards du quartier madrilène de Chueca, cher au cinéaste espagnol Pedro Almodovar qui y tournait, dès les années 70, ses premiers films peuplés de gays ou de travestis...

Pour Maria, c'est une évidence : elle n'est pas lesbienne mais bisexuelle.

"J'ai eu plus de petits copains que de copines, mais pour moi c'est la même chose, je tombe amoureuse de la personne", explique la jeune "serveuse au chômage".

Elena, étudiante au regard d'ange, l'approuve. Elle aussi dit "aimer les deux".

Ces filles enamourées, discrètes sous leurs longues chevelures brunes et qui refusent de confier leur nom, participaient cette semaine "pour la première fois" aux festivités de la "fierté homosexuelle".

Des fêtes à la réputation désormais mondiale pour leur exubérance, avec leurs nuits souvent noyées dans l'alcool sur fond de canicule.

Chaque année, elles attireraient dans la capitale espagnole environ un million et demi de personnes, aussi bien des hétéros que des homos, des lesbiennes, des bi et des transsexuelles...

En tête du défilé de samedi s'affichait cette nouvelle revendication : "2016, année de la visibilité de la bisexualité dans la diversité".

"Bisexuel, tout le monde l'est !", lance Odin, 38 ans, en dévalant le cortège.

Colosse ne portant qu'un simple slip, des bottes et un masque à plumes noires, lui se dit "ex-hétéro devenu homo" et préfère rester anonyme.

Mais au milieu des transsexuels emperruqués, les gays bodybuildés ou encore Blanche neige et ses sept nains, on rencontre surtout des jeunes en habits de tous les jours, venus plaider le droit à "entrer en connexion avec une personne, peu importe son sexe".

- 'Le monosexisme, basta' -

Sous sa courte chevelure rose pâle, Sara Lopez est des plus revendicatives, avec sa pancarte "bisexuelles, vicieuses et fières".

"Ce n'est pas que la bisexualité est une mode, c'est que les gens se découvrent davantage tels qu'ils sont. Si tu te sens attiré par plus d'un genre, ça fait partie de toi", plaide cette professeure d'anglais de 23 ans.

"Le problème, dit-elle, c'est que tu n'as pas le soutien de ta famille qui est bien souvent conservatrice ni de tes amis qui disent : ou tu es hétéro ou tu es homo".

L'Espagne - pays catholique où être homosexuel donnait encore lieu à des poursuites pénales en 1979 - est désormais l'une des nations les plus tolérantes du monde.

En 2004, elle était devenue le troisième pays à légaliser le mariage homosexuel, après les Pays-Bas et la Belgique.

"Il y a eu une énorme ouverture en quinze ans, avec le mariage gay, la normalisation... Même si je ne suis allé qu'une fois à des noces gays", témoigne Javier Barrera, employé de banque de 38 ans plutôt discret.

Lui qui ne révéla son homosexualité à son entourage "qu'à 25-27 ans" constate que "les jeunes acceptent beaucoup mieux et plus tôt leur condition".

A 22 ans, Cristina Yañez, étudiante en design portant une robe noire sobre, exhibe d'ailleurs sans complexe sa pancarte "100% bisexuelle".

"Jusqu'à ce que je sorte de mon village de la région de Tolède, je n'avais vu que des hétérosexuels. Mais depuis six ans, avant même d'avoir eu mon premier petit copain, je sais que me plaisent aussi bien les garçons que les filles", dit-elle.

"Parler de bisexualité, c'est parler de la capacité de ressentir une attraction sexuelle, émotionnelle et/ou romantique envers des personnes de plus d'un sexe ou d'un genre, par forcément en même temps, de la même manière ou avec la même intensité", précise le manifeste de la manifestation.

Et de conclure : "le monosexisme, basta !".

lbx/bds