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01/07/2016 01:13 EDT | Actualisé 02/07/2017 01:12 EDT

Turquie: prières inaugurales à la mosquée géante de Çamlica, l'un des grands travaux d'Erdogan

Avec ses minarets qui s'élancent vers le ciel, dominant de sa masse Istanbul, la mosquée pharaonique de Çamlica devait recevoir vendredi ses premiers fidèles, aboutissement de l'un des grands travaux emblématiques des rêves grandioses du président turc Recep Tayyip Erdogan.

M. Erdogan a supervisé personnellement la construction très controversée de cette mosquée monumentale - la plus grande de Turquie - qui se dresse sur la colline verdoyante de Çamlica, sur la rive asiatique d'Istanbul, d'où elle doit être visible par tous ses habitants.

Les premiers fidèles étaient attendus pour les tarawih, prières du soir rituelles du ramadan, dans l'enceinte du lieu de culte musulman, et non dans la mosquée elle-même, dont les travaux ne sont pas achevés.

Actions en justice ou protestations d'architectes, d'urbanistes ou d'écologistes, rien n'a pu empêcher le complexe de Çamlica de sortir de terre en seulement trois ans.

D'une superficie de 15.000 m2, la mosquée s'intègre dans une enceinte capable d'accueillir jusqu'à 60.000 fidèles, avec une immense bibliothèque, des salles de conférence, un musée d'arts turcs islamiques et des ateliers d'art.

Si ses quatre minarets les plus hauts s'élancent à 107,1 mètres -- plus que ceux de la mosquée de Médine, deuxième ville la plus sainte de l'islam -- c'est dans une référence symbolique à la bataille de Manzikert, qui a vu l'armée d'un sultan seldjoukide mettre en déroute les Byzantins en 1071.

En faisant édifier Çamlica, la plus grande mosquée jamais construite depuis l'avènement de la République en Turquie, le "sultan" Erdogan, comme l'appellent ses détracteurs, a visiblement souhaité s'inscrire dans la lignée des grands bâtisseurs de l'empire ottoman.

L'édifice, avec ses six minarets, est l'un de ses mégaprojets, comme son palais présidentiel à Ankara de 1.150 pièces, le 3e aéroport d'Istanbul, le nouveau pont du Bosphore ou le Canal d'Istanbul.

Ces grands travaux concernent presque tous Istanbul, dont M. Erdogan a dirigé la municipalité pendant quatre ans, un véritable tremplin politique pour lui.

Avec ses "projets fous", comme il les nomme lui-même, M. Erdogan veut édifier une "nouvelle Turquie" en vue du centenaire de la République de la Turquie en 2023, dont il ambitionne d'être toujours le président.

La mosquée de Çamlica illustre aussi le rêve de ce fervent sunnite de se poser en grand dirigeant du monde musulman, à l'heure où beaucoup, en Turquie laïque, s'inquiètent de l'islamisation de la société par l'AKP, son parti islamo-conservateur.

- Architecture ostentatoire -

Ce sont deux femmes architectes, Bahar Mizrak et Hayriye Gül Totu, qui ont remporté le concours avec cette construction de style classique, critiqué pour son manque d'originalité.

"En termes architecturaux, ils n'y a rien d'innovant, c'est une pâle copie de la Mosquée bleue", déclare à l'AFP Tayfun Kahraman, urbaniste. Ce joyau d'Istanbul dû au grand architecte ottoman Mimar Sinan était jusqu'ici la seule mosquée à six minarets de la métropole.

Fallait-il une autre grande mosquée à Istanbul? Les opposants au projet ont fait valoir que la ville ne manquait pas de trésors architecturaux : Mosquée bleue, Sainte-Sophie, mosquée de Soliman le Magnifique. Et qu'elle a déjà 3.317 mosquées.

Ils ont également rappelé que la colline de Çamlica était l'une des dernières zones boisées de la métropole.

"C'est un site naturel protégé qui donne son identité au Bosphore depuis des milliers d'années", dit M. Kahraman, l'urbaniste, qui a "mal au coeur de voir qu'un édifice religieux est érigé sur ce que Dieu a fait de plus beau, la nature".

De grands parkings, des routes et des tunnels d'accès vont être construits, également contestés en justice par les opposants à la mosquée.

Mais la majestueuse colline de Çamlica offrait le cadre idéal aux yeux d'un président Erdogan, plus connu pour son goût de l'architecture ostentatoire que pour son souci de la préservation de l'environnement.

"Dans quelques années, ce lieu sera plus beau", assure à l'AFP Ergin Külünk, l'un des responsables du projet, à propos de la colline, "les anciennes constructions vont être rénovées, ce sera plus vert".

Si la demande d'annulation du projet a été rejetée en justice, d'autre actions sont toujours pendantes. Mais les travaux ont avancé plus vite que la justice et la construction de Çamlica a pris les allures d'un passage en force.

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