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01/07/2016 07:39 EDT | Actualisé 02/07/2017 01:12 EDT

Liban: le CICR interpelle le pouvoir au sujet des disparus de la guerre civile

Le Comité international de la Croix-Rouge a annoncé vendredi avoir commencé la collecte d'échantillons d'ADN qui devraient aider à l'identification des milliers de disparus de la guerre civile libanaise, appelant les autorités à agir pour apporter des réponses aux familles.

La guerre au Liban qui a éclaté le 13 avril 1975 et s'est terminée en 1990, a fait officiellement plus de 150.000 morts et 17.000 disparus, dont des dizaines seraient encore détenus en Syrie, ex-puissance tutélaire.

"Les évènements se sont déroulés il y a plus de 40 ans et on en est toujours à se demander comment on va fournir des réponses aux familles", en quête de réponse sur le sort de leurs proches, a lancé Fabrizzio Carboni, président du CICR au Liban, lors d'une conférence de presse annonçant le début de prélèvements de salive auprès des proches de disparus.

"Nous savons qu'il y a des tombes à travers le pays. A un moment, il faudra comparer l'ADN des restes humains avec celui des familles", a-t-il souligné, devant une dizaine de proches, certains ne pouvant retenir leurs larmes.

Sous la pression, le gouvernement libanais avait évoqué en 2000 l'existence de fosses communes à Beyrouth, mais il n'a entrepris aucun effort d'identification.

"Quelques centaines de familles" ont déjà donné des échantillons depuis début juin, a expliqué à l'AFP M. Carboni, qui estime que le nombre total de familles de disparus au Liban s'élève aujourd'hui à 4.000. "Notre objectif c'est d'atteindre les 4.000 familles. Ca prendra à notre avis deux ou trois ans".

Il s'agit de la deuxième phase d'un projet lancé par le CICR au Liban, qui depuis 2012 travaille sur l'établissement d'une base de données compilant tous les éléments liés à chaque disparition, comme par exemple le lieu de la disparition ou les vêtements que la personne portait à ce moment là. A ce jour, quelque 2.300 familles ont participé au projet.

En 2014 le CICR avait demandé aux autorités de participer, par le biais de ses forces de police, à la collecte des données biologiques. "Deux ans plus tard, nous n'avons toujours pas de réponse", regrette M. Carboni.

L'organisation internationale appelle également à la formation d'un comité national, "qui un jour sera chargé d'ouvrir les fosses communes et travaillera à faire les comparaisons (d'ADN) pour donner des réponses aux familles".

"C'est une opportunité pour nous de rappeler leur responsabilité aux autorités libanaises", martèle M. Carboni. "On aimerait bien passer dans un rôle de conseil, et non plus se substituer en partie aux autorités", ajoute-t-il.

"Ceux qui ont commis des crimes durant la guerre sont toujours au pouvoir", assène Wadad Halawani, qui est sans nouvelles de son mari depuis plus de 30 ans, et qui est à la tête d'une organisation de familles de disparus. "Ils ont toujours des postes importants au sein du pouvoir", regrette-t-elle.

Ahmed Assaad Ajam, 76 ans, est venu à la conférence dans l'espoir de retrouver un jour son fils Jamal, disparu en juin 1982. Sur sa poitrine, une photo en noir et blanc du jeune homme imprimée sur un pins.

"J'attends de voir mon fils. Même mort, même si on me rapporte juste un os, je serais enfin tranquille", lance le septuagénaire. "J'ai toujours de l'espoir, j'espère un jour avoir la moindre information à son sujet".

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