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01/07/2016 18:27 EDT | Actualisé 02/07/2017 01:12 EDT

Les drones américains ont tué jusqu'à 116 civils depuis 2009

L'administration du président américain Barack Obama a assumé, vendredi, la responsabilité de la mort de 116 civils lors de frappes antiterroristes par drones menées à l'extérieur des zones de guerre.

La direction du renseignement américain a publié pour la première fois depuis l'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche un bilan chiffré de ce type de frappes controversées.

L'administration américaine rapporte que les bombardements contre des extrémistes islamiques ont tué jusqu'à 2581 combattants, notamment au Pakistan, au Yémen et en Somalie. Mais la direction du renseignement admet aussi qu'il y aurait entre 64 et 116 victimes civiles.

Dans une tentative de mieux encadrer l'utilisation des drones, le président américain a signé vendredi un décret, forçant les différentes agences engagées dans les frappes à diminuer au maximum les risques de faire des victimes civiles.

Les agences devront dialoguer avec le Comité international et la Croix-Rouge et les autres organisations non gouvernementales qui opèrent dans les zones de conflit. En cas de victimes civiles, elles devront aussi reconnaître la responsabilité des États-Unis.

Un rapport sur le nombre de personnes tuées, comme celui qui a été dévoilé, devra aussi être publié annuellement, au plus tard le 1er mai de l'année suivante.

Une responsable d'Amnistie internationale, Naureen Shah, voit d'un bon œil ce nouveau décret du président américain. Selon elle, Barack Obama cherche à encadrer la pratique, en sachant que ses successeurs à la Maison-Blanche pourraient être moins rigoureux sur l'utilisation de ce type d'armes.

Naureen Shah croit que ce décret pourra également créer un précédent pour les autres pays qui se dotent de drones.

Des chiffres remis en doute

L'objectif du président Obama dans ce dévoilement du nombre de victimes était d'améliorer la transparence sur ce que la CIA et l'armée font pour combattre les terroristes.

La responsable de l'ONG admet cependant que l'administration américaine a encore beaucoup de travail à faire dans le domaine de la transparence.

« Nous ne savons pas quel est le seuil de preuve pour cette administration. Tel que les chiffres nous sont présentés maintenant, c'est très difficile de les évaluer », dit-elle. Naureen Shah rappelle que l'opacité fait partie des critères qui qualifient une personne de « combattant » extrémiste.

Les données publiées, qui correspondent à la période entre janvier 2009 et décembre 2015, sont bien en dessous des estimations les plus conservatrices des organisations non gouvernementales.

Selon le Bureau du journalisme d'investigation, basé à Londres, les pertes civiles liées aux bombardements américains hors zone de guerre seraient 6 à 7 fois plus importantes que les chiffres dévoilés par le renseignement américain.

L'administration américaine « continue à cacher les identités des gens qu'elle a tuées » et ne publie pas ses enquêtes sur les possibles erreurs, critique une responsable de l'Association américaine pour les libertés civiques, Hina Shamsi.

Les frappes de drones américains ont fortement augmenté depuis l'arrivée au pouvoir de Barack Obama en 2009.

Selon les chiffres de la Fondation New America, un cercle de réflexion de Washington, l'administration de Barack Obama a mené 355 frappes de drones au Pakistan, considéré comme un pays allié, alors que seulement 48 frappes ont été menées sous l'ère Bush.

La fondation rapporte toutefois que le nombre de victimes civiles est très faible depuis 2014.

Même son de cloche du côté des ONG, qui rapportent que le nombre de civils tués a fortement diminué ces dernières années.