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01/07/2016 05:19 EDT | Actualisé 02/07/2017 01:12 EDT

Le Rwanda décuple sa taxe d'importation sur les vêtements de seconde main

Le Rwanda a multiplié par dix vendredi sa taxe d'importation sur les vêtements et les chaussures de seconde main, une mesure visant à stimuler son industrie textile mais critiquée par une partie de la population qui s'habille avec ces vêtements d'occasion provenant d'Europe et d'Amérique du Nord.

"Avant, la taxe sur le kilo de vêtements et de chaussures était de 0,2 dollar, mais maintenant c'est 2,5 dollars pour les vêtements et 5 dollars pour les chaussures", a déclaré à l'AFP Drocelle Mukashyaka, une responsable de l'Autorité fiscale rwandaise (RRA).

"C'est pour promouvoir l'industrie locale", a-t-elle ajouté, précisant que la mesure "est entrée en application à partir du 1er juillet".

Les chaussures et les vêtements de seconde main, très populaires au Rwanda comme dans d'autres pays d'Afrique, sont importés en gros essentiellement d'Europe et d'Amérique du Nord et sont revendus à bas prix sur les marché locaux.

Le ministre rwandais du Commerce, François Kanimba, estime qu'en 2015, les importations de vêtements de seconde main ont compté pour un quart des 125 millions de dollars d'importations de textile.

Ce marché juteux crée une concurrence qui a "complètement tué l'industrie textile" des pays en développement, avait estimé à la mi-juin M. Kanimba, rappelant que le secteur textile de son pays est porté par une myriade de petits tailleurs et deux usines, la Rwandaise Utexrwa et la Chinoise C&H Garment, cette dernière ne produisant pour le moment que pour l'export.

En février, les chefs d'Etat de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Est (EAC), réunis à Arusha, en Tanzanie, s'étaient d'ailleurs entendus pour bannir totalement les vêtements d'occasion d'ici 2019.

- 'Dignité' -

Patel Ritesh, le directeur d'Utexrwa, a salué l'entrée en vigueur de cette nouvelle taxe, estimant qu'elle va permettre à son entreprise de développer le prêt-à-porter, alors qu'elle produit actuellement en grande majorité des uniformes pour le secteur public et privé.

Il espère que cette mesure permette à son entreprise de gonfler son chiffre d'affaires annuel de cinq millions de dollars, avec à la clé, la création d'emplois. "Nous n'utilisons actuellement que 17% de la capacité de nos installations", affirme-t-il.

La société C&H Garment, qui exportait jusqu'alors la totalité de sa production, va elle se lancer sur le marché local d'ici à fin juillet, selon son responsable administratif, Saïdi Hitima. "Bien sûr, nous allons produire plus car la demande sera plus importante".

Le ministre rwandais de l'Economie, Claver Gatete, estime pour sa part que la mesure est aussi une question de "dignité".

"Ce n'est même pas une industrie productive, ce n'est pas acceptable pour notre dignité", a-t-il déclaré lors d'un point de presse mercredi. "Je ne crois pas que les pays d'Europe s'échangent des vêtements de seconde main", a-t-il déclaré en référence à la principale zone d'origine de ces fripes.

- 'Je vais perdre mes clients' -

Mais cette mesure passe mal auprès de la population, qui redoute l'augmentation du prix des vêtements de seconde main et doute de la capacité de l'industrie locale à satisfaire rapidement la demande, ainsi qu'auprès des revendeurs.

"Je vais avoir du mal à habiller mes enfants", s'inquiète Clémentine Icyitegetse, mère de trois enfants qui juge les vêtements neufs trop chers. "Cette décision n'avantage que les riches", critique-t-elle.

"Avec cette augmentation des taxes, je vais perdre mes clients", se lamente de son côté Claver Hitimana, 50 ans, devant son étal de vêtements et de chaussures de seconde main à Nyabugogo, un quartier populaire de Kigali. "Les vêtements de seconde main vont désormais être réservés aux riches, la pauvreté va augmenter et les gens n'auront pas de quoi s'habiller".

Quant à Emmanuel Nzaramba, un autre vendeur, il soupire: "quand le gouvernement prend une décision, on ne peut rien y changer".

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