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01/07/2016 00:44 EDT | Actualisé 01/07/2017 01:12 EDT

Français et Britanniques commémorent la Bataille de la Somme, huit jours après le Brexit

Huit jours après le Brexit, Français et Britanniques célèbrent ensemble vendredi le centenaire de la bataille de la Somme, la plus meurtrière de la Première guerre mondiale, symbole de l'alliance historique entre les deux nations.

Un tir de fusée, suivi d'un chant de cornemuse, a ouvert les commémorations à 07H28 (05H28 GMT) à Ovillers-la-Boisselle (nord), au moment même où, il y a cent ans, trente tonnes d'explosifs étaient mises à feu par les armées britannique et française pour dynamiter les défenses allemandes.

Au même moment, deux minutes de silence étaient observées à Londres, où la reine a participé dans la nuit à une veillée dans l'abbaye de Westminster. Des coups de sifflet ont aussi retenti près du Parlement pour marquer le lancement de l'offensive.

Dans la Somme, le prince Charles, le Premier ministre David Cameron et le président français François Hollande, dont la venue a été décidée après le résultat du référendum britannique, rendront hommage à la mi-journée aux 1,2 million d'hommes tués, blessés ou disparus, toutes nationalités confondues, dans les cinq mois de la bataille.

Près de l'imposant mémorial de Thiepval, où figurent les noms de 72.000 soldats britanniques et sud-africains morts dans la bataille, les trois hommes liront des textes sur "l'enfer" de la guerre, les gestes de respect entre troupes ennemies et la reconstruction post-conflit, mais ne prononceront aucun discours.

Le chef de l'Etat français a expliqué jeudi qu'il souhaitait par sa présence "rappeler que c'est l'idée européenne qui a permis de surmonter les divisions et les rivalités entre Etats, et qui nous a apporté la paix depuis 70 ans".

Le 23 juin, les Britanniques ont opté à près de 52% pour une sortie de l'Union européenne, provoquant un séisme dans la classe politique anglaise et plongeant leurs partenaires dans le désarroi.

Près de 600 enfants - 300 Britanniques et 300 Français - doivent participer à la célébration, à laquelle plus de 12.000 personnes assisteront et qui sera retransmise en direct au Royaume-Uni par la BBC.

- 'La fleur d'une génération' -

Le 1er juillet 1916, début de l'offensive, reste comme le jour le plus sanglant de l'histoire britannique avec 20.000 morts ou disparus - la plupart lors de la première heure - et 40.000 blessés. Une hécatombe telle que, pour les Britanniques, la Somme est gravée dans la mémoire collective, comme l'est la bataille de Verdun chez les Français.

"Nous avons perdu la fleur d'une génération (...) Par bien des aspects, ce jour a été le plus triste de la longue histoire de notre nation", a déclaré jeudi soir le prince William au début d'une veillée militaire au mémorial de Thiepval où des troupes du Commonwealth, françaises et allemandes se sont relayées toute la nuit.

"Nous reconnaissons ce soir les échecs des gouvernements européens, y compris le nôtre, pour éviter la catastrophe de la guerre mondiale", a poursuivi le prince William, accompagné par sa femme Kate et son frère Harry.

Plusieurs hommages sont également prévus dans la journée pour saluer le tribut des soldats écossais, canadiens mais aussi allemands. L'ancien président allemand Horst Koehler (2004-2010) se rendra dans un cimetière où reposent plus de 17.000 soldats allemands.

Depuis plusieurs jours, des Anglais, Ecossais, Gallois, Irlandais, ou encore Canadiens, affluent vers la petite ville d'Albert, au coeur des célébrations.

"J'étais déjà venu en 2014, mais c'était important d'être là cette année, pour le centenaire", confie le Britannique Tony Hunter, qui a revêtu pour l'occasion, avec un ami, l'uniforme des fantassins du 10e régiment de l'armée britannique.

Face à l'engouement du tourisme de mémoire, les Britanniques ont d'ailleurs dû mettre en place un système de loterie pour distribuer les places permettant d'assister à l'une des six célébrations prévues vendredi aux alentours d'Albert.

"Pendant longtemps, la présence des Irlandais lors de la première guerre mondiale, combattant en uniforme britannique, a été occultée. Depuis le processus de paix de 1998, les choses ont évolué", se félicite Mickael Lee, un touriste irlandais.

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