NOUVELLES
01/07/2016 12:34 EDT | Actualisé 02/07/2017 01:12 EDT

Colonisation et violence sapent les chances d'une paix israélo-palestinienne, selon le Quartette

Le Quartette sur le Proche-Orient a exhorté vendredi Israël et les Palestiniens à renoncer respectivement à la colonisation et à la violence, qui minent les chances de paix et d'une solution à deux Etats. Des conclusions qu'Israël et les Palestiniens ont aussitôt critiquées.

Les colonies israéliennes, les démolitions de maisons palestiniennes et la confiscation de terrains par Israël "sapent la viabilité de la solution à deux Etats", c'est-à-dire Israël et un Etat palestinien coexistant pacifiquement, estiment dans un rapport très attendu les Etats-Unis, la Russie, l'Union européenne et l'ONU, qui composent le Quartette.

"Cela soulève des questions légitimes sur les intentions à long terme d'Israël, qui sont exacerbées par les déclarations de certains ministres israéliens disant qu'il ne devrait jamais y avoir d'Etat palestinien", poursuit le rapport.

Fruit d'un consensus après plusieurs mois de préparation où chaque mot a été pesé, ce document de huit pages a pour objectif de relancer le processus de paix, dans l'impasse depuis avril 2014.

Mais un haut responsable palestinien a aussitôt déploré que le rapport ne critique pas davantage Israël et a demandé une réunion de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) dimanche pour discuter des suites à lui donner.

Le rapport "ne répond pas à nos attentes en tant que pays vivant sous une occupation militaire coloniale étrangère", a estimé le responsable palestinien Saëb Erakat, numéro deux de l'OLP. Le rapport "tente de mettre sur le même plan (...) un peuple sous occupation et un occupant militaire étranger", a-t-il dénoncé.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui aussi rejeté le rapport, estimant qu'il "perpétue le mythe que les constructions israéliennes en Cisjordanie sont un obstacle à la paix".

"Quand Israël a gelé la colonisation, il n'a pas obtenu la paix", a-t-il fait valoir dans un communiqué.

Le porte-parole de l'ONU Stéphane Dujarric a concédé que "personne ne s'attendait à ce que le rapport soit accueilli par des banderoles et des défilés" mais il a invité les deux parties à sauver le processus de paix.

- Conférence internationale -

Des violences secouent depuis début octobre les Territoires palestiniens, Israël et Jérusalem. Elles ont coûté la vie depuis octobre à 214 Palestiniens, 34 Israéliens, deux Américains, un Erythréen et un Soudanais, selon un décompte de l'AFP.

Face à un regain d'attaques depuis jeudi, notamment la mort d'une adolescente israélo-américaine poignardée dans sa chambre, le gouvernement israélien a annoncé des mesures de rétorsion vendredi, dont le bouclage de Hébron.

Parmi les facteurs "minant sérieusement les espoirs de paix", le Quartette cite "la violence continue, les attaques terroristes contre les civils et l'incitation à la violence".

L'Autorité palestinienne devrait "prendre toutes les mesures nécessaires possibles pour faire cesser l'incitation à la violence et renforcer les efforts actuels pour combattre le terrorisme", y compris condamner "clairement" les attaques terroristes, écrit le Quartette.

Parmi ses dix recommandations, le Quartette demande à Israël de lever le blocus de Gaza et appelle à la restauration du contrôle de l'Autorité palestinienne sur Gaza, aux mains du Hamas.

"L'armement illégal et les activités militantes, l'absence persistante d'unité palestinienne et la situation humanitaire extrême à Gaza nourrissent l'instabilité", estime le rapport.

"Le Quartette réitère qu'une solution négociée à deux Etats est la seule façon de parvenir à une paix durable", martèle le rapport.

Quelque 570.000 colons vivent actuellement en Cisjordanie et à Jérusalem-Est --dont les Palestiniens espèrent faire la capitale d'un futur Etat. Les Nations unies ont déclaré les colonies illégales.

A Washington, un responsable du département d'Etat a mis en garde contre les chances d'une paix durable qui s'amenuisent si les dirigeants israélo-palestiniens "continuent comme ils le font actuellement".

"Sans changements importants, une solution à un seul Etat risque de devenir une réalité et cela ne bénéficiera à aucune des deux parties", a-t-il dit.

La France "partage les conclusions" du Quartette, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, qui s'est dit "conforté" par les conclusions du rapport pour organiser une grande conférence internationale destinée à relancer le processus de paix d'ici la fin de l'année.

Selon l'ambassadeur français à l'ONU, François Delattre, les 15 pays membres du Conseil de sécurité ont exprimé jeudi un "fort soutien" à cette proposition.

Une trentaine de ministres et représentants de pays arabes et occidentaux, de l'ONU et de l'UE ont pris part au lancement de cette initiative lors d'une rencontre à Paris le 3 juin. Mais ni Israël, qui rejette avec force ce projet, ni les Palestiniens, n'avaient été conviés.

cml/elc/are/faa